|
Eglise de Chaindon

De la phase initiale nous ne savons rien
de sûr, si ce n’est qu’elle se termine
entre 1141 et 1181. C’est en effet
durant cet intervalle que la possession
de l’église de Tavannes puis celle de la
chapelle de Reconvilier sont confirmées
à l’abbaye de Bellelay nouvellement
fondée. Jusque là, les biens et les
droits d’église ont appartenu au
chapitre de Moutier-Grandval qui
conservera d’ailleurs des propriétés
importantes dans cette paroisse, en
particulier le domaine de Chaindon. En
outre, le prévôt de Moutier-Grandval
continuera à exercer jusqu'à la Réforme
un droit de visite et de surveillance
sur l’église de Tavannes pourtant
desservie par un chanoine de Bellelay.
Chaindon a donné son nom à une famille
noble (Zerkinden), dont la dernière
représentante disparue au XIVe siècle.
Auguste Quiquerez propose une origine
celto-germanique à “Zerkinden” et
traduit Chaindon par “colline aux
enfants”.
La deuxième étape débute en 1181 avec la
première mention certaine de la chapelle
de Reconvilier. Elle s’achève vers 1530
avec l’avènement de la Réforme. Durant
cette période, le bâtiment a subi une
transformation importante. En 1309, on
lui a adjoint un clocher-porche de style
roman tardif, construction dont on voit
toujours la trace, notamment dans les
fenêtres de la face est de la tour. A
partir de cette date, l’antique chapelle
est successivement désignée par le terme
d’église de Reconvilier d’abord,
d’église de Chaindon ensuite et enfin
sous le nom de temple de St-Léonard de
Chaindon.
Jusqu’au XIe siècle, la paroisse de
Tavannes fut desservie par les moines
bénédictins de Moutier. Mais lorsque fut
crée le monastère (abbaye) de Bellelay,
il fallut assurer des revenus au nouveau
couvent. Ortlieb, évêque de Bâle, donna
vers 1147, plusieurs paroisses à ce
monastère, dont celle de Tavannes avec
la chapelle de Chaindon. Le couvent de
Bellelay en eut des lors la colature,
c’est- à -dire le bénéfice et le droit
d’y nommer le curé, puis plus tard, le
pasteur, droit qu’il conserva jusqu’en
1798, date de l’invasion française. Le
pape Eugene III confirma solennellement
le droit de l’abbé par un acte
pontifical du 17 mai 1148.
Survint la Réforme. Les paroissiens de
Tavannes-Chaindon furent les premiers
parmi les Prévôtois à opter pour la
nouvelle foi. Farel, envoyé par Berne,
arriva à Tavannes le 1er mai 1530. Son
compagnon de route, Antoine Froment,
raconte à ce propos que le réformateur
“fit un prêche d’une telle véhémence et
si grande efficacité qu’à peine achevé
tout le peuple d’un commun accord mit
bas les images et les autels, de sorte
que le prêtre qui chantait sa messe ne
put l’achever et que, tout étonné,
s’enfuit dans sa maison encore revêtu de
ses habits de culte pensant être perdu
car n’ayant jamais vu faire un tel
ménage”.

Guillaume Farel
L’adoption de la foi protestante par les
paroissiens de Tavannes-Chaindon
inaugure une troisième étape qui
s’achève en 1802. Comme la Réformation,
l’annexion des baillages méridionaux de
l’Evêché de Bâle à la France (1797)
entraîne une réorganisation de l’Eglise.
L’unité spirituelle de la paroisse de
Tavannes-Chaindon se réalise avec
l’introduction du culte réformé dans la
Prévôté Sur-les-Roches et s’affermit
dans le cadre de l’Eglise bernoise.
Saint-Etienne de Tavannes et
Saint-Léonard de Chaindon sont
dorénavant desservies par un seul et
unique pasteur. Entre 1530 et 1804,
vingt ministres du culte se succédèrent
dans la paroisse, où ils officiaient
alternativement à Tavannes ou à Chaindon
un dimanche sur deux. Claude de
Glantinis fut le premier. Il venait d’Yverdon,
où il était évangéliste. Recommandé par
LL.EE. de Berne, il fut révoqué au bout
d’un an en raison de ses mœurs
dissolues. Il entretenait une maîtresse
à Moutier ! Jacques Moeschler lui
succéda.
Jacques Moeschler était ancien chanoine
de Bellelay, sous-prieur dans son
abbaye, il était curé de Tavannes où il
officiait ce dimanche 1er mai de 1530
lorsque Farel prêcha dans l’église.
Converti aux thèses réformées, il se
maria et fit souche à Tavannes. De nos
jours encore, on trouve de ses
descendants au village de Tavannes et
dans les environs.
Membre de la Classe de Nidau depuis 1542
et soumis à la surveillance de LL.EE. de
Berne, le pasteur de Tavannes-Chaindon
n’en continue pas moins d’être nommé par
l’abbé de Bellelay, qui conserve aussi
ses droits de dîme dans la paroisse et
l’obligation d’entretenir la cure et la
nef du temple de Tavannes. Ce n’est pas
le cas à Chaindon. Matériellement et en
ce qui concerne la gestion de leurs
biens et l’entretien des bâtiments, les
deux temples resteront indépendants
jusqu’au début du XIXe siècle. Ce sont
donc les seuls paroissiens de Chaindon,
Saicourt, Saules, Loveresse et
Reconvilier qui contribuèrent en argent
et en nature, mais avec une aide
extérieure appréciable, à la
reconstruction presque totale de
Saint-Léonard entre 1720 et 1741.
Réalisée en plusieurs étapes, cette
transformation est la plus importante
subie par le temple jusqu'à aujourd’hui.
D’après la tradition orale, elle fut
l’œuvre de François-Louis Perregaux.
Originaire du Pays de Neuchâtel,
Perregaux marqua la vie de la paroisse
de sa forte personnalité. Certains
paroissiens de l’époque lui reprochaient
son autorité dictatoriale. On parlait
encore de lui à la fin du XIXe siècle.
Arsène Rémy, historien de Reconvilier, a
recueilli le témoignage d’Onésime
Sautebin, ancien instituteur à
Reconvilier où il est décédé en 1942 à
plus de 80 ans. M. Sautebin aimait à
rapporter les échos venus du temps de ce
pasteur et colportés de génération en
génération jusqu'à son grand-père, de
qui il les tenait lui-même. Ainsi, M.
Perregaux aurait été l’instigateur et
l’initiateur de la reconstruction du
temple de Chaindon en 1739-1740. Il en
avait conçu le projet et les plans
détaillés : une salle de culte flanquée
d’une chaire favorisant l’enseignement
des évangiles. Dans ce but, il
préconisait l’élargissement de la nef du
côté sud et sa couverture en tuiles, ce
qui représentait une différence de
muraille de 4 toises (7,2 mètres). On
lui objectait que ce procédé
augmenterait considérablement le coût de
l’ouvrage et il fallut de longs palabres
pour que le pasteur obtînt finalement
gain de cause. Une lettre de M. Peregaux
datée du 4 mars 1739 et adressée à
Abraham Frêne, ambourg de Reconvilier,
témoigne de ce différent. Ce document
confirme partiellement la tradition. Les
pierres de l’ancienne église, complétées
par celles prélevées dans les ruines du
Châtelat (Tchetlet), ancien castel de la
famille De Tavannes situé dans la forêt
de Chaindon, auraient servi à construire
les murs du nouveau sanctuaire.
L’annexion de l’ancienne principauté de
Bâle au canton de Berne ne va pas
modifier immédiatement le système
d’organisation paroissial ébauché sous
l’occupation française. Avec ce dernier
débute une quatrième étape qui s’achève
en 1927 par la séparation de Tavannes-Chaindon
en deux paroisses indépendantes. Jusque
là, les biens des deux églises et de la
cure seront réunis et gérés en commun.
Leurs revenus servent dorénavant et
indistinctement à salarier le pasteur, à
entretenir la cure de Tavannes et les
deux temples. Abandonnés en partie et
temporairement à l’Etat de Berne
moyennant sa participation à l’entretien
des bâtiments et du ministre du culte,
ces biens seront restitués
progressivement à la paroisse, dont les
autorités assureront conjointement la
responsabilité de la gestion avec les
communes bourgeoises.

Le conseil de paroisse, constitué
illégalement au début de l’occupation
française (1798), puis admis
officieusement des 1802 et enfin
confirmé dans ses attributions en 1815,
n’est d’abord composé que de
représentants des autorités civiles :
maires, adjoints ou délégués des
communes qui siègent avec le pasteur.
Après 1830, sa forme reste la même.
Seule la manière de choisir les
conseillers change : ils ne sont plus
désignés directement par les communes,
mais indirectement par une assemblée
générale, en fait limitée aux seuls
représentants des autorités municipales
et bourgeoisiales. Il faut attendre 1845
pour que l’assemblée obtienne son propre
registre de délibérations, 1852 pour
qu’elle soit ouverte à tous les
paroissiens, 1875 pour que l’élection
des conseillers de paroisse soit de sa
compétence et 1993 (!) pour que les
étrangers puissent eux aussi assister
aux assemblées de paroisse et participer
aux votations et élections.
La paroisse adapte aussi son
organisation à la transformation
économique et sociale des villages qui
la composent, qui s’industrialisent et
dont la population augmente à tel point
que les cimetières sont agrandis à
plusieurs reprises et finalement
déplacés. Elle accepte de vendre une
partie de ses terres pour construire des
usines, les lignes de chemin de fer, des
maisons d’habitations ou les abattoirs
de Tavannes. Elle transforme les
églises, améliore leurs aménagements
intérieurs et donne de nouveaux moyens
aux pasteurs et aux paroissiens pour
célébrer le culte. Ainsi, en 1833, un
chant choral est mis sur pied pour
suppléer à la défection des musiciens
dont les basses de musettes et autres
bassons accompagnaient jusque là les
psaumes et cantiques. En 1848, on
installe des “calorifères” dans les deux
temples. L’année suivante, de nouvelles
galeries sont bâties sur le modèle des
anciennes afin d’installer des orgues
qui seront inaugurées en décembre 1850.
En 1867, l’intérieur des deux églises
est rénové par un certain Matteucci,
chargé aussi de faire des corniches
peintes et décorées d’arabesques,
d’étoiles et de rosaces aux plafonds. A
Chaindon, il marbre les murailles et
fait des moulures autour des nouvelles
fenêtres posées l’année précédente. En
1903, M. Boillat – Japy offre à la
paroisse, dont il est le nouveau
président, de construire à ses frais une
sacristie dans ce temple, dorénavant
chauffée au coke et éclairée à la
lumière électrique dès 1906.
La rénovation de 1867 et les autres
transformations apportées
progressivement au temple de Chaindon au
XIXe siècle ne vont laisser que peu de
traces, contrairement à celles de 1924 –
25. Au cours de ces deux années,
différents travaux de restauration ont
été entrepris sous la direction des
architectes Grütter & Linder :
terrassements dans la nef où on a posé
un système de chauffage électrique et
refait les sols, réparations des
galeries, des bancs, de l’escalier de la
tour, démontage du vieil orgue et du
fourneau, déplacement de la sacristie.
La décoration intérieure fut confiée au
peintre Philippe Robert, qui réalisa
deux fresques et dessina les motifs
ornementaux des lustres et de la table
de communion; on doit aussi à cet
artiste les cartons des trois vitraux,
donnés par la famille Boillat-Japy et
exécutés par le maître-verrier Wasem à
Veyrier. Enfin on installa de nouvelles
orgues (16 registres et 914 tuyaux),
œuvre de la Maison Tschanun à Genève.

Cette rénovation précède de peu un autre
événement historique : la séparation de
Tavannes-Chaindon en deux paroisses
autonomes. La nomination, en 1906, de
Jules Auroi comme suffragant du pasteur
Besson marque le début d’une évolution
qui paraîtra après coup inévitable : les
tâches pastorales devenaient trop
lourdes pour être assumées par un seul
homme. Aussi le gouvernement bernois
approuve-t-il deux ans plus tard la
création d’un poste de second ministre
du culte à Reconvilier, où la cure est
inaugurée en décembre 1909. Les attaques
contre le pasteur de Reconvilier vont se
multiplier et la tension monter au sein
du conseil. Elle y atteint son comble en
1925 et gagne progressivement tous les
autres organes paroissiaux : le Collège
des Anciens d’abord puis l’assemblée
qui, le 19 avril 1927, vote le principe
de la séparation de Tavannes-Chaindon en
deux paroisses indépendantes. Ratifiée
par le Grand Conseil bernois au début de
l’année suivante, cette scission
inaugure une cinquième étape dont la
rénovation de Saint-Léonard en 1992,
marque, temporairement le terme.
La paroisse fut donc divisée comme suit
: pour Tavannes, les villages de
Bellelay, Le Fuet, La Bottière,
Montbautier et Tavannes. A Chaindon :
les villages de Saicourt, Saules,
Montagne de Saules,
Loveresse, Reconvilier et Chaindon.
R. Tomaselli, Istanbul juin 1999
Sources : Bulletin du Conseil de
Paroisse de Chaindon et M. Cyrille
Gigandet, 1993
Saicourt
/
La
Société des Sports de Saicourt
/
Saicourt
1890 –1990 /
le
village de Saules /
La
famille Paroz /
Ernest
Paroz /
Le temple
de Chaindon
Hôtels
dans la région de Tavannes
|