FENER

Fener (Phanar), est un quartier historique situé de part et d'autre de l'axe Unkapani-Eyüp et limité d'un côté par Cibali de l'autre le Balat, au sud de la Corne d'Or. Les accès par la muraille qui jouxte Fener se font à travers Aya Kapisi, Fener Kapisi et Balat Kapisi.

Rum veut dire Romain, en référence à l’Empire romain d’Orient, qui était de langue grecque et de religion chrétienne. Après le XIVe siècle, on utilisa le mot "rum" pour désigner seulement la population orthodoxe, de langue grecque ou non, de l'Etat ottoman. C’est encore le cas de nos jours dans l’Etat turc.

Après la conquête de Constantinople par les Ottomans, le Sultan Mehmet II encouragea l'installation des Rum (Grecs) à Istanbul, venus d'Asie Mineure et de Thrace et qui donnèrent les noms de leurs propres domaines aux endroits où ils firent souche dans la ville. De même, les familles aristocratiques de Byzance ayant émigré dans les îles de la mer Egée, dans le Péloponnèse et autres régions de l'Europe du Sud, furent autorisées à revenir s'installer à Istanbul. Yennadios Solarius (Genedos) fut élu Patriarche de cette communauté et l'Eglise Orthodoxe, qui avait auparavant subi l'invasion des latins, fut sauvée et renforcée.
En 1603 le Patriarcat s'installe définitivement à Fener où environ 3% des habitants sont les descendants des plus nobles familles de l'ancien Empire byzantin. Ce sont des Grecs aristocrates de Morée, Thassos, Samothrace et Izmir que les Européens de l’Ouest (Génois surtout) appellent les "Phanariotes". En effet le nom de Phanar (Fener) date de l'époque byzantine, lorsqu’un seul phare indiquant ce port de la Corne d'Or se trouvait sur une petite tour de la muraille.

Les Sultans ottomans désignèrent comme gouverneurs des territoires acquis (Moldavie, Valachie), des Phanariotes d'origine byzantine. Ces derniers sont ensuite remplacés par les Juifs et les Arméniens comme interprètes officiels de l'Etat. Parmi eux beaucoup de personnalités comme Mavrocordato ou Spatharis, obtinrent des grades supérieurs auprès du gouvernement de l'Empire.

Le Grand Patriarche de Jérusalem et le Grand Saint du Sinaï, avaient aussi leur siège à Fener.

De nos jours, la population du quartier est d’origine rurale et très modeste, les anciens habitants ont préféré des quartiers plus modernes à l’extérieur des remparts. De vrais villages se sont reconstitués au Fener et dans les quartiers voisins donnant une touche joyeuse et colorée à la Corne d’Or. Ces populations - qui ne furent pas toujours bien acceptées par les Stambouliotes de souche - donnent une diversité supplémentaire à la ville. Beaucoup sont originaires de la région de Kastamonu, sur la mer Noire.

Le paysage du Fener est marqué par l'immense lycée grec (romain) qui domine tout le quartier, notamment les maisons en pierre, dont celle du prince Cantemir. Un peu partout on y trouve des églises orthodoxes, dont certaines remontent a l’époque byzantine (Ste Marie des Mongols, Saint-Dimitri Canabée) ainsi que les églises St Stéphane des Bulgares et St Georges de Jérusalem. Quelques tronçons des murailles maritimes demeurent. Enfin, le Patriarche de l’Eglise orthodoxe et de la Nouvelle-Rome à son siège au Fener, à côté de l’église St Georges.

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 Rinaldo Tomaselli 1999-2012 © Copyright Istanbul Insolite Ltd