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Restaurant Régence
Rejans Restoran
A la
fin des années trente, la Grand-Rue de Péra (Istiklal Caddesi), était
grouillante de vie. Restaurants, tavernes, bars, cabarets et théâtres
permettaient à une clientèle cosmopolite de s’amuser jusqu’aux petites
heures du matin. Après la mode de l’opérette, l’heure fut aux orchestres de
jazz, aux cafés chantants et aux thés dansants. Jamais Istamboul n’avait
connu autant de gaieté. La pâtisserie Lebon, plus tard nommée Markiz, était
un lieu fameux de rendez-vous. Elle était décorée de faïences Art nouveau et
de vitraux représentant les quatre saisons qu’on peut heureusement encore
contempler. Pierre Loti, Aghata Christie et Sarah Bernhardt figuraient parmi
les nombreux amateurs de croissants de Chez Lebon. Istamboul, à cette
époque, comptait une importante colonie d’aristocrates russes. Leur
restaurant préféré était la Nouvelle Régence (Yeni Rejans), ainsi nommé
d’après le Régence parisien; l’établissement avait été fondé par Véra
Protoppova et Tevfik Manars. Dans sa grande salle, quelques mois seulement
avant la seconde guerre mondiale, s’y côtoyaient pacifiquement l’ambassadeur
britannique, un fidèle également du Fischer Restaurant et l’ambassadeur
allemand Von Papen qui séjournait au Péra Palace voisin, ainsi que des
intellectuels allemands, réfugiés antifascistes, des peintres et des
écrivains. Tous devenaient nostalgiques lorsque la baronne Valentine Von
Klodt Jurgenzkburg, surnommée Taksin, se mettait au piano et tous admiraient
la beauté d’une jeune femme mélancolique habillée de soie noire, appelée
Natacha Pasaji. |