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Les Turcs
Türkler
Les Turcs
Aujourd’hui, le mot « Turc », désigne les citoyens de la République turque.
Autrefois (avant 1923), ce même mot désignait péjorativement les musulmans
de l’Empire ottoman. Il est encore utilisé péjorativement de nos jours,
souvent pour créer volontairement une confusion et un amalgame avec les
citoyens de la République turque. Dans la plupart des dictionnaires et dans
beaucoup de livres d’histoire relatant la Ière guerre mondiale par exemple,
il est encore fréquent de lire « l’armée turque, la Turquie, les Turcs,
etc. », alors qu’il s’agissait des Ottomans. La propagande anti-ottomane des
Occidentaux, qui a débuté avant 1914, continue à désinformer l’opinion
publique, encore de nos jours.
Avant 1923, dans l’Empire ottoman, un Albanais, un Slave, un Bulgare, un
Grec ou un Arménien de confession musulmane, devenait un Turc aux yeux des
chrétiens de l’empire ou d’Occident.
D’abord utilisé pour désigner les peuples turcs lors des invasions barbares
du IVe et Ve siècle, sur l’Empire romain d’Occident (les Huns, les Hongrois,
les Bulgares), le mot « turc » a, par la suite servit à désigner uniquement
les peuples turcs de religion musulmane (à partir des croisades). Les
peuples turcs qui sont passés à la religion chrétienne (à l’origine tous les
peuples turcs étaient chamanistes), ne devaient plus être qualifiés de
Turcs. C’est le cas des Hongrois, des Comans, des Petchenègues, des
Bulgares, des Karamanites, des Gagaouzes, et aussi des Khazars et des
Karaïtes, ayant acceptés la religion juive.
Comme les peuples indo-européens, les peuples turcs sont présents un peu
partout dans le monde, mais surtout en Europe et en Asie, de la Hongrie à la
Chine. Ils ne forment pas une unité, ni par la religion, ni par la langue,
ni par l’aspect physique.
En Europe, les peuples turcs sont traditionnellement présents (depuis le IVe
siècle, dans certaines régions), en Hongrie, en Serbie, au Monténégro, en
Albanie, en Bosnie et en Herzégovine, en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en
Transnistrie, en Moldavie, en Ukraine, en Russie, en Turquie, à Chypre, en
Macédoine et en Slovaquie. Il reste quelques foyers karaïtes (juifs) en
Pologne, Lituanie, Autriche et dans le Caucase.
En Turquie, les origines ethniques ou religieuses ne rentrent pas en
considération pour désigner le citoyen. La nationalité turque existe depuis
la création de l’Etat, en 1923.
Les peuples turcs d’Europe
Comme les Indo-européens, les peuples turcs sont originaires d’Asie. Leur
première apparition en Europe remonte au IIIe ou IVe siècle, quand des
tribus envahissent les steppes de Russie du Sud. C’est néanmoins au Ve
siècle que leur présence devient réellement importante et qu’ils créent un
empire, couvrant toute l’Europe orientale et une partie de l’Europe
occidentale. L’apogée de l’Empire hunnique, aura lieu sous le règne
d’Attila.
Vers 550, d’autres peuples turcs déferlent sur l’Europe orientale, notamment
dans les Balkans du Sud, jusqu’en Grèce : les Ouïgours, les Khounis, les
Outigours et les Koutrigours. Jusque là, ces peuples turcs étaient installés
Outre-Danube, dans les territoires de Norique.
Au VIIe siècle, un puissant empire se dresse dans les territoires jouxtant
la mer d’Azov : l’empire des Khazars. Ce peuple turc, qui adopte la religion
juive, repousse un autre peuple turc, les Bulgares, vers l’Ouest, avant de
disparaître au XIe siècle, sous l’invasion russe. Les Bulgares s’installent
sur le Danube vers 640. Moins de dix ans plus tard, première attaque bulgare
contre l’Empire byzantin à Odessos (Varna). Les Bulgares, s'établiront
définitivement en Thrace à partir du VIIIe siècle et seront perpétuellement
en guerre contre tous leurs voisins.
De 775 à 780, un turc règne sur l’Empire byzantin : Léon IV est Khazar.
Vers 860, les missionnaires constantinopolitains, évangélisent les tribus
turques installées sur le Vardar et en Grande Moravie. Un alphabet est mis
au point pour traduire la bible dans les langues locales (cyrillique).
Vers 880, apparition des Hongrois, sur le Danube. Puis vers 910, un autre
peuple turc, les Petchenègues, s’installe sur le Dniepr de façon permanente.
En 1048, deux peuples turcs attaquent simultanément l’Empire byzantin. Les
Petchenègues à l’Ouest et les Seldjoukides à l’Est. Les Seldjoukides sont
l’un des premiers peuples turcs musulmans qui apparaît dans la région.
Jusque là, les peuples turcs étaient chamanistes ou, pour les Khazars,
juifs.
En 1059, Le khan seldjoukide Toghroul est proclamé émir de Bagdad.
De 1064 à 1069, les armées seldjoukides prennent Ani, en Arménie, s’avancent
jusqu’à Edesse, prennent le Pont et pénètrent en Cappadoce, jusqu’à Césarée
(Kayseri). Dans le même temps, Les Ouïgours et les Comans passent le Danube
et ravagent la Macédoine et la Thessalie. Constantin X, en installe une
partie en Macédoine à la suite d’un traité passé avec leurs chefs.
Le 26 août 1071, bataille de Mantzikert contre les Seldjoukides de Alp
Arslan. L’armée byzantine est défaite, l’empereur est capturé et doit payer
un lourd tribut annuel. Une paix de 50 ans est signée. Les tribus turcomanes
s’installent définitivement en Asie Mineure.
Dès 1078 et jusqu’en 1360, les Danichmendides contrôlent la Cappadoce. Cette
dynastie turco-musulmane gardera le grec comme langue officielle.
Vers la fin du XIe siècle, les Seldjoukides sont de plus en plus nombreux en
Asie Mineure, attirés par les différents clans romains qui les emploient
comme mercenaires, tout comme les Normands, les Comans et les Petchenègues.
Certains vivent en Roumélie ou en Anatolie, totalement indépendants.
En 1091, les Petchenègues s’allient à l’émir de Smyrne et au sultan de
Nicée. Ils envahissent la Thrace et sont battus à Ænos par l’armée impériale
d’Alexis Comnène. Les Petchenègues sont quasiment exterminés, les survivants
sont enrôlés dans l’armée ou tombent en esclavage.
Vers 1280, naissance de l’Empire ottoman en Phrygie. En moins de 100 ans,
cet Etat deviendra la principale puissance européenne, s’étalant de
l’Albanie au Danube et des Dardanelles à la Bithynie, avec sa capitale
Andrinople (Edirne), en Thrace. Il comprendra des dizaines de peuples et de
langues. La classe dirigeante se réclamera de l’islam hétérodoxe, et la
majorité de la population sera chrétienne orthodoxe à la veille de la
Conquête de l’Asie Mineure et, plus tard, de Constantinople (1453). |