Eceabat et Kilitbahir
Anc. Chersonèse de
Thrace - Dardanelles
Autres noms
connus : Madytos, Μάδυτος, Madytus
Eceabat est un gros bourg dans les Dardanelles,
point de passage entre la côte de Thrace et l’Asie Mineure (Çanakkale).
De là, on peut aussi rejoindre par bateau, l'île
d'Imbros (Gökçeada), par l'échelle de Kabatepe.
Si la ville elle-même n’a pas de joli bâtiment, elle se situe dans un beau décor,
entourée d’eau et de collines parsemées d’oliviers. Ce décor a naturellement
engendré des légendes telle que celle de Héro et de Léandre ou celle de Hécuba. C’est
tout près d’Eceabat que Xerxès fit un pont de bateaux pour faire passer son armée d’Asie
Mineure en Europe. Alexandre le Grand choisi aussi cet endroit pour faire passer ses
soldats, sur l’autre rive.
Détroit fort convoité, l’endroit fut aussi le théâtre de nombreuses guerres, comme
celle du Péloponnèse entre Athéniens et Spartiates en 405, mais aussi, plus près de
nous, la première guerre mondiale, avec une tentative de débarquement par une armée
coalisée contre l’Empire ottoman.
La ville a été fondée par des Athéniens en 465 avant J.C., sous le nom de Madytos. L’acropole
est encore nettement visible et domine toujours le bourg actuel, construit sur la ville
antique. Il n’y a jamais eu de fouille systématique et il est difficile de trouver des
ruines de l’ancienne ville, même si des trésors y ont été dégagés par le passé,
comme les fameux bijoux de Madytos, qui se trouve aujourd’hui exposés, au Metropolitan
Museum à New York. Ces bijoux proviennent d'une tombe qui se situe dans la ville. La plus
belle pièce est un diadème richement orné d'un décor floral travaillé au repoussé.
Dionysos, le dieu du vin, et sa femme, Ariane, sont assis au centre. Des muses jouent des
instruments de part et d'autre.
Un peu au sud de la ville, se dressent le château et le village de Kilitbahir (autrefois
Kilidülbahr). Le château a été construit en 1452-53, par le sultan Mehmet II le
Conquêrant, et est formé de deux tours et d’un puissant rempart. La petite pointe
où se dresse le château, était connue des Anciens, sous le nom de Kynossema et c’est
ici que le Spartiate Lysandre défit en août 405 avant J.C., la flotte athénienne
commandée par le néarque Conon.
Selon la légende, Hécuba, l’épouse du roi Priam et mère de Pâris, Hector, Cassandre
et de 16 autres enfants, avait confiée le plus jeune de ses fils, Polydore, au roi de
Thrace, au début de la guerre de Troie. Sur le chemin de la
Grèce, Hécuba qui avait été faite prisonnière, découvrit que Polydore avait été
assassiné sur le rivage. Elle se vengea en crevant les yeux du vieux roi avant de se
métamorphoser en chien, devant Kynossema (cynos – sema = tombe du chien).
Eceabat, qui a gardée son nom jusqu’à la fin de l’Empire ottoman (1923), était
aussi le lieu de naissance de l’écrivain Démétrios Callimachos (1879-1963) et de l’homme
d’église Chrysanthos de Madytos (1770-1846), qui a joué un rôle important dans le
maintien de la musique byzantine.
Vers 989, l’évêque de Madytos, saint Euthyme le Thaumaturge, prophétisa à l’empereur
Basile II le Bulgaroctone, sa victoire sur Bardas Phocas.
Dans la géographie ancienne, Madytos se situait entre les villes de Sestos
(Akbaş) et d’Elaius
(Eléonte), aujourd’hui complètement disparues.
|