île d'Imbros
Gökçeada -
Imvros
Histoire
Les premières traces d’habitations datent d’environ 2000 avant J.C.
De toute évidence, il s’agit d’un peuple
proto-hellène. Plus tard, des Pélasgiens
apparentés aux Troyens ont envahi Lemnos,
Samothrace et Imbros.
L’île fut neutre pendant la guerre de
Troie
et tomba par la suite sous la dépendance
d’Athènes, puis sous l’autorité perse vers 515
avant J.C.
En 193, Imbros tombe aux mains des Romains et est incorporée à
l’empire. En 767, l’île doit faire face aux
invasions slaves et bulgares qui déportent 2500
habitants qui seront rendus à l’empereur
byzantin en 769. Une partie des captifs
s’installera dans un quartier de la capitale (Studion),
d’autres iront fonder le village d’Imbros en
Crète et une partie retournera sur l’île.
Lors de l’invasion latine de l’empire en 1204,
l’île sera, tout comme la capitale, occupée
jusqu’en 1261 où l’empereur la récupérera.
L’appartenance ne changera plus jusqu’en 1456 où
le sultan
Mehmet II le
Conquérant l’incorpore à l’empire
ottoman. Mais pendant les années 1457 / 58,
Imbros est administrée par le pape avant de
repasser dans à l’Empire ottoman. Les Ottomans
la récupéreront en 1470 et, à part une courte
occupation vénitienne (1466 – 1470) et russe
(1770-1774), ils la garderont jusqu’à la guerre
des Balkans (1912).
Lors du partage de la Roumélie (partie
européenne de l’empire) par les petits pays
balkaniques soutenus par les puissances
occidentales, l’île d’Imbros fut arrachée aux
Ottomans et incorporée provisoirement (11 ans)
au royaume de Grèce. Les visées territoriales
des puissances occidentales furent garanties par
la capitulation de l’Empire ottoman en 1918.
Aussitôt, l’Angleterre, la France et l’Italie se
partagèrent les territoires orientaux, tandis
qu’une grande partie des territoires occidentaux
étaient partagés entre leurs alliés. Toute la
Thrace, la région de la Marmara et les côtes de
l’Asie Mineure furent occupées par la Grèce,
soutenue par l’Angleterre. Mais l’armée
républicaine turque réussit à libérer de grandes
zones en Anatolie en se battant autant contre
les Grecs que les Italiens et les Français.
Ainsi, le Traité de Sèvres, qui ne laissait aux
Ottomans qu’un morceau du plateau anatolien, ne
fut jamais signé, et il fallu composer avec
Mustafa Kemal Atatürk, le chef du mouvement
national turc. C’est en 1923 qu’un nouveau
traité fut signé (Lausanne), la même année que
la déclaration d’indépendance de la République
turque. Les îles d’Imbros et de
Ténédos
revinrent à juste titre à la Turquie, tout en
prévoyant une autonomie au sein de la
république.
Les échanges des populations musulmanes de Grèce
et orthodoxes de Turquie (1924) n’allaient pas
affecter l’île d’Imbros, qui comme la Thrace
grecque, Istanbul et Ténédos, n’était pas
concernée.
Entre 1923 et 1964, l’île connue un relatif
développement et une quasi autosuffisance.
Plusieurs fabriques d’huile d’olive,
l’exportation d’animaux sur pied et la
production d’éponges, étaient les pièces
principales de l’économie d’Imbros. Le tourisme
commença à se développer en même temps qu’à
Marmaris
ou à
Bodrum,
dans les années 1950 (stoppé net entre 1964 et
1987).
Le déclin de l’île et l’exode de sa population
d’origine commencent en 1964 précisément. A la
suite des différents politiques entre la Grèce
et la Turquie au sujet de la minorité turcophone
de Chypre, les problèmes allaient s’accentuer
pour
les turcophones
de Thrace (musulmans) et pour les
hellénophones de
Turquie (orthodoxes).
Ainsi, de fortes pressions furent exercées sur
les minorités des deux pays pour les forcer à
partir. Ce qui fut quasiment accompli en 1980,
quand on arrêta ces pressions. La population
orthodoxe d’Imbros est passée de 5487 en 1960 à
492 en 1980. Le gouvernement trouva plusieurs
méthodes pour se débarrasser des orthodoxes de
l’île. La première fut d’installer une prison
ouverte où les prisonniers pouvaient se balader
librement la journée et violenter la population
des villages. Une autre mesure fut celle
d’amener des colons pour lesquels ont expropria
les terres des paysans locaux. On fit construire
6 nouveaux villages et la population turcophone
passa de 289 personnes en 1960 à 7114 en 1980.
Les bagnards commencèrent à s’attaquer aussi aux
colons, désormais plus nombreux, et on ferma
définitivement la prison en 1987.
Depuis cette date, l’île respire à nouveau et la
courbe de son économie se redresse petit à
petit. Des orthodoxes natifs d’Imbros et émigrés
dans les années sombres à Istanbul, sont revenus
au pays. Le tourisme commence à se développer
lui aussi. Sans cette triste période des années
60-70, l’île aurait pu touristiquement se
développer autant que les stations balnéaires du
sud du pays (Bodrum, Fethiye, Marmaris). Avec
l’évolution des mentalités, on peut toutefois
espérer qu’en cas d’essor touristique, Imbros ne
connaîtra pas les traces indélébiles laissées
par les bétonneuses dans certaines stations de
Turquie.
Géographie :
L’île de Gökçeada (en turc), Imbros (en
français) ou Imvros (en grec), se situe dans
l’Egée du nord à 18 km de Samothrace et à 10 de
Lemnos. La
Péninsule de
Gallipoli (Gelibolu), se trouve à 9
km. Avec ses 290 km2 et ses 95 km de côtes,
c’est la plus grande des îles de Turquie tout en
formant le point le plus à l’ouest du pays.
Les côtes du nord sont très rocheuses alors que
celles du sud ont de longues plages. L’intérieur
de l’île est montagneux et contient quatre
vallées (Kefalos à l’est, Castro au nord-est,
Shinudy à l’ouest et Agridya au nord-ouest),
avec plusieurs lacs (dont certains sont
artificiels). L’eau y est plus abondante que
dans les autres îles de l’Egée. L'île est une
masse volcanique, dont la plus haute montagne
s’élève à 670 mètres.
Population :
L’île n’est pas encore arrivée à compter une
population aussi nombreuse que lorsqu’elle
faisait partie de l’Empire ottoman. Ainsi, en
1886, on dénombrait 9500 habitants (orthodoxes),
tandis qu’aujourd’hui, la population permanente
de l’île est d’environ 7000 personnes (très
majoritairement musulmanes).
On distingue trois groupes dans les habitants
actuels d’Imbros. Le premier groupe, le moins
nombreux, est composé d’habitants d’origine de
l’île. Ils sont de langue grecque et de religion
orthodoxe. Ils ne représentent plus que 10 % de
la population totale, alors qu’en 1960, ils
formaient 95 % des insulaires.
Le second groupe est celui des colons installés
par le gouvernement dans les années 1964 – 1970.
Ils habitent dans cinq villages créés pour eux
et dans le chef-lieu (Merkez). Les colons sont
originaires principalement des régions de
Muğla,
Isparta, Trabzon, Diyarbakır et Siirt. Le
troisième groupe est formé de fonctionnaires ou
anciens fonctionnaires qui se sont installés là
dans les 30 à 40 dernières années.
La religion musulmane domine dans l’île depuis
1970, cependant les alévis sont présents aussi.
Langues
Selon les accords de Lausanne, le grec est la
langue officielle de l’île. La Turquie compte en
effet une seule langue nationale (le turc), mais
aussi trois langues officielles (grec, arménien,
français). Cependant, l’article 14 du traité
relatif à Imbros et
Ténédos
n’est plus appliqué depuis les années 70. Le
turc reste donc la seule langue officielle et
enseignée dans l’île. Tous les noms des villages
et des lieux-dits sont indiqués en turc, même
ceux peuplés majoritairement de Grecs. L’ancien
nom de l’île en turc, Imroz, a été remplacé par
Gökçeada. Il désigne aussi parfois le chef-lieu
(Panaghia) que la population appelle plus
couramment Merkez.
Le grec est parlé par les insulaires d’origine,
tandis que le turc, le kurde et le laze sont les
langues parlées par les colons et les
fonctionnaires. Le français et l’anglais sont
des langues étrangères parfois parlées par les
tenanciers des pensions et/ou restaurants.
Economie :
Pratiquement auto-suffisante dans les années
1940, l’île a vu son économie chuter dans les
années 1970 – 1980. Depuis le milieu des années
90 et surtout après la fermeture du bagne, le
niveau de l’économie s’est largement amélioré,
mais le quart des habitants d’Imbros s’expatrie
du printemps à l’automne, et travaille sur le
continent. L’apport touristique n’est pas
suffisant et une majorité d’insulaires sont
agriculteurs.
La principale production de l’île est l’huile
d’olive, mais on exporte également les produits
de la pèche, le miel de thym ou de pin, du vin,
des éponges et de l’artisanat local (céramique,
broderie, vannerie).
Enseignement :
L’île compte 4 écoles primaires, 3 lycées et
l’université de
Çanakkale
a installé une de ses branches à Merkez. Toutes
les écoles grecques ont été fermées lors de la
crise chypriote. L’enseignement, contrairement à
Istanbul, est uniquement en turc.

Poseïdon possédait ses légendaires écuries à Imbros |

Zeytinlik - Saint-Théodory |

Cöte de Marmaros |

Poseïdon, symbole d'Imbros |

Merkez - Panaghia |
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