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Eglise orthodoxe Sainte-Euphémie

Aya Öfemiya Rum Kilisesi
1694
Quartier de Merkez - Mairie de Kadıköy
Hacı Şükrü Sokak 17
 
C’est en 1694, que le métropolite de Chalcédoine (Kadiköy) eut l’autorisation de reconstruire ce sanctuaire sur les ruines d’une église byzantine.

Elle fut financée par la Russie et dédiée à sainte Euphémie, vierge-martyr du IVe siècle.
Les restes de la sainte sont aujourd’hui au patriarcat orthodoxe du Phanar (Fener), sauf la tête emportée par les Croisés au couvent de Lucelle dans la principauté de Bâle.

Le concile de Chalcédoine

L’empereur romain Marcien sous l’influence de sa femme Pulchérie, convoqua le IVe concile œcuménique en 451
à Chalcédoine. Il eut lieu entre le 8 octobre et le 1er novembre dans l’église Sainte-Euphémie qui se trouvait en dehors de la ville, en présence de 339 évêques orientaux et 4 évêques occidentaux (de l’Eglise de Rome).


Tableau représentant le miracle d'Euphémie au concile. Il se trouve l'église Sainte-Euphémie de Kadıköy en dessus de la fontaine sacrée Aya Paraskevi

Le concile se déroula en 16 sessions et proclama 28 canons. Recueillant l'héritage des conciles précédents, Chalcédoine constitue une étape décisive dans l'élaboration du dogme chrétien. On créa également la Pentarchie en ajoutant Constantinople et Jérusalem aux trois patriarcats d’origine : Rome, Antioche et Alexandrie.

Par ailleurs, on y traita des querelles théologiques sans arriver à les résoudre puisque les Eglises d’Antioche et d’Alexandrie rejetteront les conclusions du concile, ce qui aboutira à la création d’une Eglise copte pour l’Egypte et d’une Eglise jacobite pour la Syrie, toutes deux qualifiées de monophysites (une seule nature en Jésus Christ, cette dernière ayant absorbée sa nature humaine), en opposition aux dyophysistes adeptes de l’union hypostatique (un seul Christ reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation).


L'empereur Marcien
 

Selon l’historien Nicéphore, les évêques du concile n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la question de la nature du Christ. Deux camps s’opposèrent et ils en vinrent à laisser Dieu trancher la question. Ils déposèrent dans le tombeau de sainte Euphémie, les exposés des deux doctrines et prièrent. Quand on ouvrit le tombeau quelques jours plus tard, la sainte tenait dans sa main droite la thèse orthodoxe, tandis que la thèse hérétique se trouvait à ses pieds. Le miracle eut lieu le 11 juillet 451 et est commémoré par les Eglises orthodoxe et catholique chaque année à cette date. Les conclusions du concile de Chalcédoine ne laissent aucune place à ce récit.

Rome refusa le 28e canon qui plaçait le patriarcat de Constantinople au second rang dans l’ordre de préséance en lui accordant le pouvoir de sacrer les métropolitains et les évêques des diocèses du Pont, de l’Asie proconsulaire, de la Thrace et des diocèses des territoires occupés par les barbares.

C’est le dernier grand concile œcuménique mettant en place les structures de la chrétienté, mais il divisera de façon durable les Eglises orientales.
 


Sainte Euphémie vierge martyre de Chalcédoine
Sa vie, ses reliques, son église

 

 

 

 


 

Euphémie est née à Chalcédoine en 289 et y est morte martyre le 16 septembre 303. Elle qualifiée de sainte majeure ou de grande martyre (megalomartyre) et vénérée par l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique. Fête le 16 septembre et commémoration le 11 juillet du miracle survenu sur son tombeau pendant le concile œcuménique de Chalcédoine en 451.

Elle
était d'une famille chrétienne aisée, dont le père était sénateur à l’époque des persécutions de Dioclétien. Selon la tradition, ne supportant plus de voir ses coreligionnaires torturés par le juge Priscus, elle se dénonça à se dernier. Jetée en prison et torturée, on lui trancha la tête selon certains ou elle fut jetée aux fauves, selon d’autres.

Ses parents recueillirent la dépouille et l’ensevelirent à proximité de la ville. Plus tard, quand les persécutions contre les chrétiens avaient cessées, on fit bâtir un martyrium circulaire au même endroit et l’on y plaça les reliques dans un sarcophage en argent. Une église dédiée à la sainte fut également édifiée à côté du martyrium.

La relique était réputée pour un épanchement de sang reproduit chaque année, le 16 septembre. Le sang frais dégageait une « céleste odeur », selon les anciens textes. Il était recueilli et distribué dans des ampoules en verre et était sensé guérir les malades.

Selon la tradition, les Perses qui avaient envahi Chalcédoine essayèrent de détruire les reliques par le feu, mais elles restèrent miraculeusement intactes et du sang coula par un des trous qu’ils avaient faits dans la châsse.


Le miracle de sainte Euphémie

Un autre miracle s’accomplit dans le tombeau de sainte Euphémie en 451 lors du IVe et dernier concile œcuménique. Les Pères des Eglises locales n’arrivaient pas à s’entendre sur la nature du Christ. Les monophysites (une seule nature divine) s’opposaient aux dyophysistes (double nature, divine et humaine). Sur proposition du patriarche Anatole de Constantinople, on soumit au Saint-Esprit la décision du litige par son messager sainte Euphémie.

Le tombeau fut ouvert et l’on plaça les deux rouleaux scellés contenant les deux thèses sur la poitrine de la sainte en présence de l’empereur Marcien et de l’impératrice Pulchérie. Le tombeau fut à nouveau scellé et un gardien fut placé devant pour le surveiller. Pendant trois jours, les deux parties se sont imposées un jeûne strict et ont prié. Au bout des trois jours, l’empereur et le patriarche firent ouvrir le tombeau en présence de tous les participants au concile. Le rouleau des dyophysistes était dans la main droite d’Euphémie, tandis que le rouleau des monophysites était à ses pieds.

Ainsi la thèse dyophysiste fut adoptée par le concile de l’Eglise universelle. Les patriarcats d’Antioche et d’Alexandrie rejetèrent l’ensemble des décisions du concile et évoluèrent séparément jusqu'à nos jours. L’Eglise d’Arménie qui n’avait pas envoyé de représentant au concile, le rejeta également un siècle plus tard.

La première église Sainte-Euphémie a été construite dans les environs de Chalcédoine au IVe siècle. Elle fut détruite lors de l’invasion des Perses vers 620. Les reliques furent transportées à Constantinople où l’empereur Constantin II les fit placer dans une salle octogonale du palais d’Antiochos sur l’Hippodrome. Le nouveau sanctuaire devint la nouvelle église Sainte-Euphémie de l’Hippodrome (γία Εφημία ν τ πποδρόμ / At Meydanı Aya Öfemi Kilisesi) où l’on pouvait y voir et y vénérer les reliques saintes.


Plan du palais dÂntiochos et de Ste Euphémie de l'Hippodrome

L’ancienne église de Chalcédoine fut reconstruite plus tard, mais les reliques de la sainte n’y retournèrent jamais. On sait qu’elle a été détruite en 1555 par un incendie. L’actuelle église Ste Euphémie (γία Εφημία, Aya Efemia ou Aya Öfemi) est une construction de 1832 qui a remplacé celle de 1694. On y trouve les tombeaux de la famille donatrice des Sakharov et une fontaine sacrée (ayazma Aya Paraskevi) au-dessus de laquelle est pendu un énorme et impressionnant tableau représentant le miracle du concile œcuménique de 451. Toutefois rien n’est sûr quant à savoir si l’église occupe bien le lieu initial du premier sanctuaire et du martyrium de sainte Euphémie.

Il y avait à l’époque byzantine à Constantinople d’autres églises dédiées à Euphémie qui étaient situées respectivement dans les quartiers d’Olibreu (Şehzadebaşı), de Petra (vers Edirnekapı) et de Petrion (vers Cibali – Fener). Il se peut que ces églises aient aussi conservé des reliques de la sainte.


Eglise Sainte-Euphémie de Chalcédoine - Αγίας Ευφημίας στην Χαλκηδόνα

Quoi qu’il en soit, c’est bien Sainte-Euphémie de l’Hippodrome que l’empereur Constantin V profana pendant la période iconoclaste et qu’il fit jeter les reliques saintes à la mer.

Encore endommagée lors du pillage de la ville par les Latins en 1204, l’église survécut toutefois jusqu'au milieu du XVe siècle. A la fin du XIIIe siècle, des fresques illustrant la vie et la mort de Sainte-Euphémie ont été réalisées. On a trouvé quelques fragments lors des fouilles entre 1942 et 1952 qui ont également permis la découverte d’une partie du palais d’Antiochos, mais qui fut recouverte dans les années 1950 par le nouveau palais de Justice.


Cérémonie du miracle de sainte Euphémie au patriarcat de Fener le 11 juillet (2013)

Mais que sont devenues les reliques de sainte Euphémie ?

 

 

 

Il y a plusieurs versions sur le devenir des reliques après la profanation de l’église par Constantin V.

Selon la tradition byzantine, le reliquaire avec les reliques auraient été récupérés par des armateurs (Sergius et Sergonos) qui les auraient remis à l’évêque qui les aurait cachés dans une crypte à Sillybrie (Silivri).

En 797 ou 798 l’impératrice Irène fit  transférer les reliques solennellement à Constantinople. Pendant l’occupation latine (1204-1261) des ossements ont été prélevés par des Croisés, dont le crâne qui fut emporté à l’abbaye de Lucelle (en France actuelle). A la Conquête de Constantinople les restes de la sainte suivirent le patriarcat à l’église de la Théotokos Pammakari
stos entre la 4e et 5e colline. Plus tard le patriarcat a été transféré à l’église Saint-Georges dans le Phanar (Fener) avec les reliques. Elles y sont toujours.

Cérémonie du miracle de sainte Euphémie au patriarcat de Fener le 11 juillet (2013)

Une version plus « miraculeuse » de l’histoire, fait échouer les reliques jetées à la mer par Constantin V, sur le rivage de l’île de Lemnos. Elles furent recueillies par deux pêcheurs, puis transférées à Constantinople en 796.

Une version encore plus « miraculeuse » fait disparaître mystérieusement le sarcophage et les reliques de Constantinople qui réapparaissent le 13 juillet 800, sur la côte istrienne au pied de la bonne ville de Rovigno, aujourd’hui Rovinj en Croatie.
Les reliques et le sarcophage (en marbre) sont en la cathédrale de Rovigno qui est dédiée à sainte Euphémie qui est aussi la sainte patronne de la ville.


Ruvèigno en istro-romanche, Rovinj en serbo-croate, Rovigno en italien, Ryginion en byzantin, Rovinyo en turc :
La cathédrale-basilique Sainte-Euphémie

On trouve d’autres reliques de la sainte en Italie, en France et en Suisse. Elles ont des origines moins mystérieuses, car la plupart du temps il s’agit d’ossements dérobés par les Croisés lors du pillage de Constantinople en 1204. Toutefois, bien avant cette date, différents patriarches de la capitale byzantine avaient fait dont de fragments à des églises provinciales.

C’est le cas par exemple pour les ossements retrouvés à l’intérieur de la tombe de saint Apollinaire à Ravenne en 1686 qui étaient accompagnés d’un parchemin archaïque indiquant l’origine constantinopolitaine des reliques. La cathédrale Saint-Apollinaire in Classe a été construite au VIe siècle, après que les Byzantins aient conquis la Romagne sur les Goths en 540. Elle est connue pour ses mosaïques byzantines et est classée dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.  La tombe de saint Apollinaire et les reliques de sainte Euphémie se trouvent sous l’autel.


Ravenne, la basilique :
La tombe de saint Apollinaire et les reliques
de sainte Euphémie se trouvent sous l’autel.
 

On ne sait pas vraiment comment est arrivé le bras droit de sainte Euphémie dans le village d’Irsina (5 000 habitants), dans la province de Matera en Basilicate (Italie), mais il pourrait bien s’agir d’un butin de guerre croisé.

Il se trouve dans une châsse d’argent dans la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (Santa Maria Assunta). Tous les 16 septembre il est exhibé à la foule lors d’une procession à travers la cité avec la statue de sainte Euphémie et celle de Notre-Dame de la Providence.


Le bras et la main de sainte Euphémie dans leur reliquaire


Le village d'Irsina



A droite :
Statue de sainte Euphémie à San Mauro La Bruca dans la province de Salerne en Campanie

D’autres reliques apparaissent encore au fil des siècles en France, notamment en 1454 à l’abbaye bénédictine de Montier-en-Der en Haute-Marne ou à la Sorbonne de Paris en 1606 lorsqu’un grand maître de l’Ordre de Malte, Aloph de Vignacourt, fait dont d’une relique de la sainte ayant été transférée d’abord à Rhodes, puis en l’église Saint-Jean à La Valette (Malte).

L’une des principales reliques (le crâne), a été emportée par les Croisés originaires de l’Evêché de Bâle et du Comté de Ferrette (Pfirt) après le pillage de Constantinople en 1204. Plusieurs reliques arrivèrent à l’abbaye de Lucelle, dont le crâne qui fut sauvé lors du pillage de la région par Anglais en 1375 (à chacun son tour).

Les Français détruisirent la quasi-totalité de l’abbaye après en avoir chassé les moines et confisqué leurs biens en 1804. Toutes les reliques qui y étaient conservées purent néanmoins être sauvées et éparpillées dans les églises des villages voisins, actuellement sur les deux côtés de la frontière helvético-française. Ainsi les églises paroissiales de Miécourt, Pleigne, Charmoille, Liebsdorf, Oltingen ou Ferrette ont pu protéger les reliques sacrées de Lucelle, mais toutes ne sont pas arrivées jusqu'à nous.


Côté suisse


Abbaye de Lucelle avant le passage des Français

Le village de Bouxwiller Jura alasacien)

Le reliquaire et la châsse qui contenaient le crâne de sainte Euphémie
à
l'église catholique Ste Catherine de Bouxwiller (Jura alasacien)

L’église catholique Sainte-Catherine du village de Bouxwiller (Buxwiller) hérita du crâne de sainte Euphémie qui était exposé dans un reliquaire en métal argenté, comme le sarcophage d’origine à Chalcédoine. Il a été volé le 21 décembre 2008.

Il est intéressant de noter au passage, que le petit village de Charmoille dans le Jura suisse, proche de Lucelle où se trouvait le crâne d’Euphémie de Chalcédoine ramené par les Croisés, a été le lieu où le poète et psychiatre Ferenc Rákóczy a grandi. Né à Bâle le 22 novembre 1967, il est l’un des descendants de Ferenc (François) II Rákóczi de Transylvanie  qui trouva refuge auprès de la Porte. Décédé à Tekirdağ (Rodosto) en 1735, il a été enterré en l’église Saint-Benoît d’Istanbul dans des conditions pas très claires, ce qui déclencha une rumeur sur son immortalité. Rumeur toujours vivante.  


Village de Charmoille dans le canton du Jura

Ferenc Rakóczi

Musée Ferenc Rakóczi

Eglise catholique latin
e Saint-Benoît

 

 

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