Quartier Karaköy / Galata Mairie de
Beyoğlu
Si vous trouvez quIstamboul et la Turquie en général ou même toute
lEurope orientale a une histoire simple, celle du patriarcat orthodoxe turc,
pourrait vous faire changer davis.
Tout commence sous lEmpire ottoman qui fonctionnait avec des « nations »
ou « Millet » dont chacune représentait non pas une ethnie, mais une
religion. Ainsi on trouve, la « nation » juive, les séfarades représentés
par le
Grand Rabbinat. La « nation » arménienne, les grégoriens, représentés
par un patriarche,
etc. Certains peuples nétaient pas élevés au rang de nation, comme les
alévis qui faisaient partie de la nation musulmane ou les Chaldéens catholiques qui
dépendaient de la nation latine. Pour les Grecs, cétait un peu différent, puisque
le terme « Romain » était exclusivement utilisé. Dignes représentants de
lEmpire romain dOrient, les habitants de Constantinople avant 1453, étaient
tous des Romains, hellénisés peut-être, mais Romains quand même.
Ainsi, la nation romaine était représentée auprès du sultan par le patriarche
cuménique de Constantinople et de la Nouvelle-Rome. |

Entrée du patriarcat et l'église Panaya de Caffa

Bateau dédié à Saint-Nicolas, actuellement dans l'exonarthex de l'église patriarcale
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Du côté ethnique, la nation
romaine, regroupait aussi bien des Romains dAnatolie et de Thrace, des Crétois, des
Chypriotes, des Grecs du Péloponnèse et dEpire, des Albanais, des Arabes, des
Macédoniens et des Turcs. Leurs seuls points communs étant la religion orthodoxe et le
rite byzantin.
Ainsi, une ethnie pouvait se trouver sous différentes appellations, comme les Albanais,
qui devenaient des Latins sils étaient catholiques, des Romains (Rum)
sils étaient orthodoxes ou des Turcs sils étaient musulmans.
Les Karamans (Karamanites) et les Gagaouzes sont deux ethnies turques qui adoptèrent le
christianisme et qui se retrouvèrent ainsi sous lautorité du patriarcat romain de
Constantinople. Ils furent les grands perdants de léchange des populations entre la
Grèce et la Turquie en 1923-24, puisque les accords de Lausanne prévoyaient un échange
des populations orthodoxes dAnatolie et des populations musulmanes du Royaume de
Grèce, à lexception de la Thrace. Ors, dethnie turque, mais de nation
orthodoxe, ils durent quitter la terre de leurs ancêtres au même titre que les autres.
Ainsi, on en retrouve en Grèce aujourdhui, dont un ancien président. Dans
lautre sens, des Grecs, des Crétois et des habitants des îles, durent eux aussi,
quitter ces régions parce quils étaient musulmans. En fait, des Hellènes
convertis.

Papa Eftim Ier, fondateur de l'Eglise orthodoxe turque
Les Karamans et les Gagaouzes de Thrace et dIstamboul, ne voulant pas connaître le
même sort, demandèrent lautorisation de créer leur propre patriarcat en 1924, ce
qui fut accordé par Atatürk et pas reconnu par le patriarcat cuménique,
(jusquà nos jours). Comme le patriarche de Constantinople ne voulait rien entendre
au sujet de la reconnaissance de ce nouveau patriarcat, la plupart des Turcs orthodoxes
resta fidèle à lancien. Atatürk et ses successeurs firent don de trois églises
grecques au nouveau patriarcat turc, ce qui nétait pas pour améliorer les
relations entre les deux patriarches.
Papa Eftim fut le premier des trois patriarches orthodoxes turcs qui régnèrent sur cette
Eglise. En 1991, cest son petit-fils Efthemios III qui a prit le relais, suivit de
1995 à 2002 de Selçuk Ier (décédé en décembre 2002).
Aujourd'hui, on peut affirmer que la direction de l'Eglise est entre les
mains de Sevgi Erenol, nièce du dernier patriarche, et qui garde jalousement
le pouvoir, tout en se distansant de plus en plus des autres Eglises de
Turquie, y compris des Gagaouzes, et en versant dans le nationalisme turc
extrême.
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