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Istanbul - capitale culturelle de l'Europe - 2010
       

Portrait d'une cité

 

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Bien que déchue de son rôle de capitale par Atatürk en 1923, Istamboul n'en reste pas moins le cœur culturel, intellectuel, artistique, économique et social de la Turquie. Cette ville qui a connu deux grands empires, qui recèle mille richesses humaines et architecturales est une ville-monde.

Aux confins de la mer de Marmara, de la Corne d'Or et du détroit du Bosphore, carrefour de populations millénaires toujours mouvantes selon les aléas de l'histoire, nœud commercial de l'Europe occidentale, du Proches-Orient, de l'Europe centrale, de la Russie et de l'Asie centrale, passerelle culturelle, elle attire et absorbe tout ce qui la touche.

Pont entre l'Asie Mineure et les Balkans, elle est aussi un passage obligé entre la mer Noire - les pays slaves et la Méditerranée -, le Proche-Orient et l'Europe du Sud.

Siège du califat jusqu'en 1924, date à laquelle celui-ci fut aboli, elle reste un lieu symbolique pour tous les musulmans. Bien que la Turquie soit un pays laïc, sans religion officielle, les reliques du prophète Mohamed demeurent exposées au palais de Topkapi,ce qui attire chaque année beaucoup de pélerins du Monde musulman.

Mais elle est avant tout, la ville sacrée des chrétiens d'Orient et possède le siège patriarcal orthodoxe. Outre la communauté dite grecque (romaine), Istamboul abrite plusieurs autres communautés orthodoxes (russes, serbes, bulgares, géorgiennes, turques) et d'autres communautés chrétiennes, juives et alévies.

De nombreuses populations y ont fait souche: juifs expulsés d'Espagne et du Portugal au XVe siècle, Levantins, Grecs, Caucasiens, Tatars, Allemands (dans l'entre-deux-guerres), Russes (au moment de la révolution bolchévique), Albanais, Syriens, Egyptiens, Irakiens, Bulgares, Roumains, Libanais, etc. La communauté balkanique très diversifiée qui y vit et y transite s'y installe encore de nos jours, avec ou sans attaches familiales - ainsi les Bosniaques. Après la chute du shah, près de 1 million d'Iraniens sont arrivés en Turquie, dont 50 %, se sont installés à Istamboul, soit provisoirement, soit pour grossir la communauté iranienne déjà existante depuis le XIXe siècle.

On y parle toutes les langues actuelles, ainsi que plusieurs langues et dialectes anciens comme le judéo-espagnol (langue des juifs sépharades, datant du XVe siècle), l'arménien, l’araménen, le gréco-karaïte ou l'albanais.

Le grand Istamboul compte aujourd'hui environ 12 millions d'habitants (9,5 millions au dernier recensement, en 1998, contre 750 000 en 1950)

Chaque année, des dizaines de milliers de personnes supplémentaires, venues d'Anatolie, du Caucase ou des Balkans s'y installent. A cela il faut ajouter un nombre non négligeable de Turcs émigrés en Europe (surtout en Allemagne) qui reviennent en Turquie et investissent en majorité à Istamboul.

La ville comprend 33 arrondissements qui s'étendent sur un espace immense, en continuelle expansion: la ville intra-muros couvre seulement 5800 ha alors que l'agglomération du Grand Istanbul en couvre 120 000 et s'aligne sur 120 km d'est en ouest.

Cette cité-monde ne cesse de bouger: dans son espace, toujours plus vaste, dans la composition de ses populations, dans son tissu urbain, dans son réseau de communications. Elle est l'enjeu de conquêtes symboliques multiples : territoires, modes de vie, styles musicaux, ethnies, croyances, credos politiques, etc.

Elle draine un important commerce en provenance et à destination des nouvelles républiques turcophones et musulmanes de l'ex-URSS, de Russie, des pays riverains de la mer Noire et des Balkans, et joue le rôle de point de rencontre entre ces pays et l'Europe occidentale.

Istamboul regroupe trois villes: la péninsule historique ou vieux Stamboul (qui donna son nom à la ville actuelle), la ville latine, anciennement appelée Galata-Péra, et la ville anatolienne dont Üsküdar (le Scutari de Pierre Loti) a été le noyau initial. C'est du haut de la tour de Galata qu'il faudrait apprivoiser la ville. De là, on a une vue des trois cités qui permet d'en comprendre la topographie et de repérer les voies d'eau qui convergent à la pointe du Sérail. Par beau temps, on peut apercevoir au loin, sur la mer de Marmara, les îles aux Princes au sud-est, le premier pont sur le Bosphore au nord-ouest et, vers l'est, la tour de Léandre, le Mont Olympes de Bythinie (Uludag) et les monts d'Asie Mineure.

Cet étalement de la ville autour des eaux crée le va-et-vient des bateaux entre les trois rivages, tankers russes qui croisent sur le Bosphore, paquebots arrivant de Grèce ou de rivages plus lointains qui accostent au port de Karaköy, accompagnés de mouettes nasillardes.


D'après un texte de Laurence Ammour
Réactualisé et adapté en avril 2002

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