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Bien que déchue de son rôle de
capitale par
Atatürk en 1923,
Istanbul n'en reste pas moins le
cœur culturel, intellectuel,
artistique, économique et social
de la Turquie. Cette ville qui a
connu deux grands empires, qui
recèle mille richesses humaines
et architecturales est une
ville-monde.
Aux confins de la mer de
Marmara, de la Corne d'Or et du
détroit du
Bosphore,
carrefour de populations
millénaires toujours mouvantes
selon les aléas de l'histoire,
nœud commercial de l'Europe
occidentale, du Proche-Orient,
de l'Europe centrale, de la
Russie et de l'Asie centrale,
passerelle culturelle, elle
attire et absorbe tout ce qui la
touche.
Pont entre l'Asie Mineure et les
Balkans, elle est aussi un
passage obligé entre la mer
Noire - les pays slaves et la
Méditerranée -, le Proche-Orient
et l'Europe du Sud.
Siège du califat jusqu'en 1924,
date à laquelle celui-ci fut
aboli, elle reste un lieu
symbolique pour tous les
musulmans. Bien que la Turquie
soit un pays laïc, sans religion
officielle, les reliques du
prophète Mohamed demeurent
exposées au
palais de Topkapi,ce
qui attire chaque année beaucoup
de pèlerins du Monde musulman.
Mais elle est avant tout, la
ville sacrée des chrétiens
d'Orient et possède le siège
patriarcal orthodoxe.
Outre la communauté dite grecque
(romaine), Istanbul abrite
plusieurs autres communautés
orthodoxes (russes, serbes,
bulgares, géorgiennes, turques)
et d'autres communautés
chrétiennes, juives et alévies.
De nombreuses populations
y ont fait souche: juifs
expulsés d'Espagne et du
Portugal au XVe siècle,
Levantins, Grecs, Caucasiens,
Tatars, Allemands (dans
l'entre-deux-guerres), Russes
(au moment de la révolution
bolchevique), Albanais, Syriens,
Egyptiens, Irakiens, Bulgares,
Roumains, Libanais, etc. La
communauté balkanique très
diversifiée qui y vit et y
transite s'y installe encore de
nos jours, avec ou sans attaches
familiales - ainsi les
Bosniaques. Après la chute du
shah, près de 1 million
d'Iraniens sont arrivés en
Turquie, dont 50 %, se sont
installés à Istanbul, soit
provisoirement, soit pour
grossir la communauté iranienne
déjà existante depuis le XIXe
siècle.
On y parle toutes les langues
actuelles, ainsi que plusieurs
langues et dialectes anciens
comme le
judéo-espagnol
(langue des juifs sépharades,
datant du XVe siècle),
l'arménien, l’araméen, le
gréco-karaïte ou l'albanais.
Le grand Istanbul compte
aujourd'hui environ 12,5
millions d'habitants (contre 750
000 en 1950)
Chaque année, des dizaines de
milliers de personnes
supplémentaires, venues
d'Anatolie, du Caucase ou des
Balkans s'y installent. A cela
il faut ajouter un nombre non
négligeable de Turcs émigrés en
Europe (surtout en Allemagne)
qui reviennent en Turquie et
investissent en majorité à
Istanbul.
La ville comprend
33 arrondissements
qui s'étendent sur un espace
immense, en continuelle
expansion: la ville intra-muros
couvre seulement 5800 ha alors
que l'agglomération du Grand
Istanbul en couvre 120 000 et
s'aligne sur 120 km d'est en
ouest.
Cette cité-monde ne cesse de
bouger: dans son espace,
toujours plus vaste, dans la
composition de ses populations,
dans son tissu urbain, dans son
réseau de communications. Elle
est l'enjeu de conquêtes
symboliques multiples :
territoires, modes de vie,
styles musicaux,
ethnies,
croyances, crédos
politiques, etc.
Elle draine un important
commerce en provenance et à
destination des nouvelles
républiques turcophones et
musulmanes de l'ex-URSS, de
Russie, des pays riverains de la
mer Noire et des Balkans, et
joue le rôle de point de
rencontre entre ces pays et
l'Europe occidentale.
Istanbul regroupe trois villes:
la péninsule historique ou vieux
Stamboul (qui donna
son nom à la ville actuelle), la
ville latine, anciennement
appelée
Galata-Péra,
et la ville anatolienne dont
Üsküdar (le Scutari
de
Pierre Loti) a été le
noyau initial. C'est du haut de
la
tour de Galata qu'il
faudrait apprivoiser la ville.
De là, on a une vue des trois
cités qui permet d'en comprendre
la topographie et de repérer les
voies d'eau qui convergent à la
pointe du
Sérail. Par beau
temps, on peut apercevoir au
loin, sur la mer de Marmara,
les îles aux Princes
au sud-est, le premier pont sur
le
Bosphore au
nord-ouest et, vers l'est,
la tour de Léandre,
le Mont Olympes de Bithynie (Uludag)
et les monts d'Asie Mineure.
Cet étalement de la ville autour
des eaux crée le va-et-vient des
bateaux entre les trois rivages,
tankers russes qui croisent sur
le Bosphore, paquebots arrivant
de Grèce ou de rivages plus
lointains qui accostent au port
de
Karaköy, accompagnés
de mouettes nasillardes.
D'après un texte de Laurence
Ammour
Réactualisé et
adapté en avril 2002 |