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Istanbul - capitale culturelle de l'Europe - 2010
       

La lettre de la comtesse

Nous reproduisons ici, une lettre écrite par la Comtesse de la Ferté-Meun à Constantinople, le 15 aout 1817 et qui fut éditée à  Paris en 1820. Il s’agit d’un témoignage d’époque, mais rien ne permet de dire qu’il s’agit de la réalité.  L'histoire concerne une fille créole âgée  d'à peine quatorze ans, capturée et vendue au harem de Topkapi pendant le règne du sultan Abdulhamit Ier (1774-1789). Son nom de harem était Naksidil. Elle était la mère de sultan Mahmut II et est ainsi devenue la validé de l’Empire ottoman. 
 
"Constantinople, le 15 août 1817

La sultane Valide vient de mourir. J'ai vu qu'elle a été placée dans la crypte ou mausolée qu'elle avait commencé à faire construire il y a maintenant deux ans et que le Padishah (1) s'est promis de terminer. J'ai vu le cercueil partir du palais. Deux pages l'ont transporté dans un des caïques couverts de Sultan qui ont traversé le Bosphore. Son palais était à côté de celui du Grand-Seigneur, près de Bechick-Tash (Besiktas). De nombreuses personnes de haut rang ont attendu sur l'autre rivage pour prendre la charge du cercueil, ainsi que le veut la coutume. On lutte pour l'honneur de porter, après sa mort, la personne qu'on a respectée dans la vie, ou la toucher au moins, ce qui est facile, même pour les Turcs ordinaires. Mais cette fois la sépulture était fermée et déposée au centre de la crypte qui est un immense salon teint dans les tons arabesques verts. En général, les tombeaux de sultans et sultanes sont des bâtiments où les vivants seraient très bien logés. Son altesse a envoyé le châle pour couvrir le sarcophage.    
On lui dit que la sultane décédée était française, d'origine américaine, et qu'elle était née à Nantes ; on ajoute que quand elle avait à peine deux ans, embarquée avec ses parents pour l'Amérique, ils furent capturés par des corsaires et transportés à Alger où ses parents périrent. La petite fille a été achetée par un négociant slave qui a calculé qu'une beauté d'un âge si tendre  le rembourserait un jour proportionnellement à l'éducation qu'il lui fournirait. Il n'a pas été déçu dans ses espoirs, puisqu' à l'âge de quatorze ans, d'une beauté resplendissante, elle fut  vendue au Bey d'Alger en échange de l’hommage dû au Grand-Seigneur. 

Elle a été envoyée au sultan Abdulhamit, qui l'a trouvée avenante et l'a élevée au rang de Kadin, c'est-à-dire d'épouse. Elle lui a donné Mahmut, le sultan régnant. Mahmut a toujours eu le plus grand respect pour sa mère. On lui dit qu'elle a surpassé dans la beauté, le charme et l'amabilité  les Circassiennes ou Géorgiennes, ce qui n'étonne pas puisqu'elle était française. Le Grand-Seigneur a exaucé toutes les charités annuelles de Valide. Par exemple, lors de la célébration du point médian du Ramadan, des gâteaux appelés baklava sont distribués. C'est une pâte feuilletée, une bagatelle très riche mais néanmoins tout à fait exquise. On ne peut croire que cette philanthropie de la part de Valide est une question de 200.000 francs. Toutes les familles Janissaires, c'est-à-dire la ville entière de Constantinople, recevaient leur plat de Baklava.

La sultane est morte des suites d'une fièvre maligne. Son fils a refusé d'appeler un docteur, ainsi que le veut la pratique dans ce pays: si les patients succombent, on élimine l'homme qui a donné seulement le succin inutile. Il ne me semble pas que cette tradition donne au docteur turc une  réussite plus grande ou une plus expertise que le nôtre. Nous avons fait ce que nous pouvions pour distraire le Grand-Seigneur, qui, depuis cet événement mortel, est plongé, dit-il, dans une douleur profonde. Les promenades en solitaire sont ses occupations préférées pour dissiper son chagrin. 

Les Turcs ne portent jamais le deuil : la couleur noire a le même symbole pour eux que le  bleu ou le vert en Europe. En général, la peine ne laisse pas des conséquences prolongées sur ces personnes qui aiment légèrement; qui manifestent moins d'affliction et de regrets que nous. L'habitude de recevoir tout comme une bénédiction du ciel rend leur  souffrance presque insensible. 

La sultane Valide affichait ouvertement Ali Efendi comme son favori, en second lieu seulement de son fils : le sultan continue à prodiguer sur lui sa dévotion. "C'est dans la mémoire de ma mère " dit-il "qu'il mérite ma bienveillance." Certainement il y a une âme française dans une telle qualité émouvante. "

La légende de la sultane française
Lettre d'un témoin des funérailles de la sultane
La prophétie, selon Barbara Chase-Riboud (La Grande Sultane)
Légende ou réalité : le sultan Mahmut II, fils de la sultane française
Le janissaire amoureux de la sultane
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