La
lettre de la comtesse

Nous
reproduisons ici, une lettre écrite par la Comtesse de la Ferté-Meun à Constantinople,
le 15 aout 1817 et qui fut éditée à Paris
en 1820. Il sagit dun témoignage dépoque, mais rien ne permet de dire
quil sagit de la réalité. L'histoire
concerne une fille créole âgée d'à peine quatorze ans, capturée et vendue au
harem de Topkapi pendant le règne du sultan Abdulhamit Ier (1774-1789). Son nom de harem
était Naksidil. Elle était la mère de sultan Mahmut II et est ainsi devenue la validé
de lEmpire ottoman.
"Constantinople,
le 15 août 1817
La sultane Valide vient de mourir. J'ai vu qu'elle a été placée dans la crypte ou
mausolée qu'elle avait commencé à faire construire il y a maintenant deux ans et que le
Padishah (1) s'est promis de terminer. J'ai vu le cercueil partir du palais. Deux pages
l'ont transporté dans un des caïques couverts de Sultan qui ont traversé le Bosphore.
Son palais était à côté de celui du Grand-Seigneur, près de Bechick-Tash (Besiktas).
De nombreuses personnes de haut rang ont attendu sur l'autre rivage pour prendre la charge
du cercueil, ainsi que le veut la coutume. On lutte pour l'honneur de porter, après sa
mort, la personne qu'on a respectée dans la vie, ou la toucher au moins, ce qui est
facile, même pour les Turcs ordinaires. Mais cette fois la sépulture était fermée et
déposée au centre de la crypte qui est un immense salon teint dans les tons arabesques
verts. En général, les tombeaux de sultans et sultanes sont des bâtiments où les
vivants seraient très bien logés. Son altesse a envoyé le châle pour couvrir le
sarcophage.
On lui dit que la sultane décédée était française, d'origine américaine, et qu'elle
était née à Nantes ; on ajoute que quand elle avait à peine deux ans, embarquée
avec ses parents pour l'Amérique, ils furent capturés par des corsaires et transportés
à Alger où ses parents périrent. La petite fille a été achetée par un négociant
slave qui a calculé qu'une beauté d'un âge si tendre le rembourserait un jour
proportionnellement à l'éducation qu'il lui fournirait. Il n'a pas été déçu dans ses
espoirs, puisqu' à l'âge de quatorze ans, d'une beauté resplendissante, elle fut
vendue au Bey d'Alger en échange de lhommage dû au Grand-Seigneur.
Elle a été envoyée au sultan Abdulhamit, qui l'a trouvée avenante et l'a élevée au
rang de Kadin, c'est-à-dire d'épouse. Elle lui a donné Mahmut, le sultan régnant.
Mahmut a toujours eu le plus grand respect pour sa mère. On lui dit qu'elle a surpassé
dans la beauté, le charme et l'amabilité les Circassiennes ou Géorgiennes, ce qui
n'étonne pas puisqu'elle était française. Le Grand-Seigneur a exaucé toutes les
charités annuelles de Valide. Par exemple, lors de la célébration du point médian du
Ramadan, des gâteaux appelés baklava sont distribués. C'est une pâte feuilletée, une
bagatelle très riche mais néanmoins tout à fait exquise. On ne peut croire que cette
philanthropie de la part de Valide est une question de 200.000 francs. Toutes les familles
Janissaires, c'est-à-dire la ville entière de Constantinople, recevaient leur plat de
Baklava.
La sultane est morte des suites d'une fièvre maligne. Son fils a refusé d'appeler un
docteur, ainsi que le veut la pratique dans ce pays: si les patients succombent, on
élimine l'homme qui a donné seulement le succin inutile. Il ne me semble pas que cette
tradition donne au docteur turc une réussite plus grande ou une plus expertise que
le nôtre. Nous avons fait ce que nous pouvions pour distraire le Grand-Seigneur, qui,
depuis cet événement mortel, est plongé, dit-il, dans une douleur profonde. Les
promenades en solitaire sont ses occupations préférées pour dissiper son chagrin.
Les Turcs ne portent jamais le deuil : la couleur noire a le même symbole pour eux que
le bleu ou le vert en Europe. En général, la peine ne laisse pas des conséquences
prolongées sur ces personnes qui aiment légèrement; qui manifestent moins d'affliction
et de regrets que nous. L'habitude de recevoir tout comme une bénédiction du ciel rend
leur souffrance presque insensible.
La sultane Valide affichait ouvertement Ali Efendi comme son favori, en second lieu
seulement de son fils : le sultan continue à prodiguer sur lui sa dévotion. "C'est
dans la mémoire de ma mère " dit-il "qu'il mérite ma bienveillance."
Certainement il y a une âme française dans une telle qualité émouvante. "
La légende
de la sultane française
Lettre
d'un témoin des funérailles de la sultane
La
prophétie, selon Barbara
Chase-Riboud (La Grande Sultane)
Légende
ou réalité : le sultan Mahmut II, fils de la sultane française
Le
janissaire amoureux de la sultane
Le mausolée de la
sultane Naksidil
Le mausolée du sultan Abdulhamit Ier
Le mausolée du
sultan Mahmut II
Le
château Dubuc et la presqu'île de La Caravelle