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La langue française à Istamboul |
| Si le voyageur d'aujourd'hui ne
s'aperçois pas tout de suite que la langue française occupe une place importante dans
l'histoire d'Istamboul, c'est que son rôle s'est cruellement réduit depuis quelques
années. Le français était une des
langues les plus utilisées dans l'Empire ottoman. Au début de ce siècle, des dizaines
de journaux paraissaient en français, les rues de la ville étaient indiquées en deux
langues et toute l'administration était bilingue.
L'expansion du français c'est faite a partir de
la fin du XVe siècle, quand les Juifs chassés
d'Espagne ont installé la première
imprimerie en 1494. A cette époque et jusqu'en 1928, le turc s'écrivait en
caractères arabes. Les Ottomans, ne voulant pas qu'on imprime les caractères sacrés de
l'Islam, laissèrent les Juifs utiliser les caractères hébraïques et les caractères
latins. On commença donc a utiliser le français qui était, (et est toujours), la
principale langue parlée et écrite en Europe.
Au XVIIe ce fut d'abord les Arméniens et
ensuite les Grecs
qui adoptèrent l'imprimerie et c'est seulement au XVIIIe siècle que les musulmans
laissèrent de côté leurs vieux préjugés. C'était déjà trop tard pour l'expansion
de la langue ottomane. Le français s'était développé dans tout l'Empire. Aussi bien en
Grèce qu'en Bulgarie ou dans les Balkans, qu'en Syrie, en Egypte ou en Cilicie.
L'influence de la France (capitulations = colonialisme économique) et la francophilie de
certains sultans contribuèrent aussi a l'utilisation du français.
Dès le XVIIIe siècle, des écoles religieuses s'implantèrent dans tout l'Empire.
Dans le Constantinople de l'époque, à
Smyrne,
Antioche, Salonique, Trébizonde et la
plupart des villes, toute la bourgeoisie, les nobles et les marchands parlaient le
français, alors qu'une communauté française d'origine, s'y développait en faisant du
commerce : les Levantins, (noms célèbres : André Chénier,
Edouard
Balladur,
Dario Moreno, Henri Langlois,
Alexandre Vallaury, Dalida). |
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| Vers les années 1920, les opératrices
des PTT, ne parlaient qu'en français, il n'était pas même possible d'avoir des
renseignements en turc ! De même les annuaires étaient seulement en français. En 1928, Atatürk
réforma la langue et l'écriture. On adopta les caractères latins et ainsi la langue
turque s'ouvrait a l'Europe occidentale et au progrès. Pour faire adopter une nouvelle
écriture à tout un peuple, le seul moyen efficace était de tout simplement interdire
l'ancienne. Pour les autres langues utilisées dans la nouvelle république, on laissa un
peu plus de liberté, mais on officialisa seulement la langue turque moderne. Les plaques
et les noms des rues changèrent. Les pancartes des commerçants Levantins, Grecs et
Arméniens étaient désormais rédigées en turc et les billets de banque ne
présentaient plus qu'une seule langue nationale. Le passeport turc, quant à lui, était
toujours en turc et en français, (aujourd'hui, en anglais). |
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Le nom de Constantinople avait survécu
jusque là (1930), comme celui de Smyrne, (Izmir), Trébizonde, (Trabzun),
Antioche, (Antakya), Brousse, (Bursa) ou Sébastée, (Sivas). Il
était temps de réparer cette anomalie. On désignait alors, Constantinople pour
l'ensemble des quartiers de Galata et Péra, (Beyoğlu),
Phanar, (Fener),
Balat, Scutari, (Üsküdar),
Chalcédoine, (Kadıköy),
Psamathia, (Samatya),
Stamboul, (Cağaloğlu
et
Beyazıt),
etc. On décida de prendre le nom de Stamboul pour remplacer le précédent qui faisait un
peu trop byzantin. Le nom même de Stamboul venait du grec (Eis tan poli), et qui
signifiait : "dans la ville", sous-entendu, "dans la vieille ville".
Comme à l'époque, c'est le français qu'on utilisait pour l'écriture latine, on
écrivait phonétiquement : Stamboul. Dans la toute nouvelle langue, cela devint : Stanbul.
Eh oui, manque le "i". Et bien c'est simple. En turc moderne, il n'est pas
possible, pour l'harmonie vocale, de commencer un mot par "st". Ainsi, station
devient "istasyon"..., donc Stanbul, Istanbul. Notons avec joie,
que notre langue a contribué au nom même de la ville.
De la gloire passée du français a Istamboul, il reste quelques reliques, comme le
nom des passages, (Cité
de Péra, Cité
Alléon, Cité
Roumélie, Cité
d'Alep). Les vrais Stambouliotes et surtout la bourgeoisie, apprennent encore la
langue de Voltaire dans de prestigieuses écoles comme Ste Pulchérie,
St Michel, St Benoît,
Notre-Dame de Sion
ou St Joseph.
Galatasaray,
lycée national turc, dont l'enseignement est en français, est certainement l'un des
meilleurs, un grand nombre de parlementaires et diplomates sortent de cet établissement.
D'autres écoles, lycées et universités turques diffusent notre langue, (Beyazıt,
Yıldız, Marmara, etc.). Les Juifs se
transmettent de père en fils le français et ainsi 90 % d'entre eux le parlent. Les
autres minoritaires, comme les Grecs, Arméniens, Chaldéens,
etc. savent généralement eux aussi le français. |

Ancienne affiche en français |
| On trouve en ville plusieurs instituts
français, un hôpital, (La Paix), deux maisons de retraite, un orphelinat, des
librairies, des bibliothèques, une troupe de théâtre et des associations. L'Union Française
se trouve à Péra, comme l'Association
Démocratique des Français de l'Etranger. Un nombre peu élevé, comparé au passé,
de Levantins
d'origine française, résident généralement entre Péra et Pancaldi et autres
quartiers du Nord d'Istamboul, et aussi du côté de
Kadıköy et Moda.
Dans la plupart des quartiers, du Bosphore a
Yeşilköy (San
Stéfano), en passant par la côte asiatique, on trouve des églises
françaises. St-Louis,
la chapelle de Faik
Pacha et la cathédrale
St Esprit, pour Péra
seulement. De nombreux ordres religieux se partagent les paroisses de la ville. Le Centre
Culturel Français se trouve au coeur même de Péra, le quartier le plus francophile
de la ville. Malheureusement ses activités sont très limitées. Restrictions
budgétaires obligent. S'il y avait une réelle motivation pour le développement de la
langue, nous pourrions facilement en percevoir les résultats. Les pancartes des musées sont toujours qu'en turc
et en anglais, comme certaines visites accompagnées obligatoires, (harem de
Topkapı,
palais
de Dolmabahçe, etc.). Le journal du soir sur la chaîne nationale est en anglais et
en allemand. Le dernier journal francophone "Orient Express" a disparu déjà
depuis quelques années, il y a qu'une radio francophone belge en ville, le câble n'offre
que deux chaînes, TV5 et MCM, (donc pas françaises), ... Voilà le soutient que
l'on peut offrir à une ville qui crie sa francophilie.
Les Turcs aiment toujours notre langue, (on peut estimer entre 500 et 750 000 le
nombre des francophones a Istamboul), même si aujourd'hui l'anglais essaie de prendre sa
place, mais pour encourager la diffusion du français, il faudrait que la Turquie entre
dans la Francophonie, tout comme l'ont fait les anciens pays dépendant de l'Empire
ottoman; la Roumanie, la Moldavie, la Macédoine, la Bulgarie, le Liban et l'Egypte. |

"Gentill' femme franque Pérotte" dit la légende.
Une habitante de Péra au début du XIXe siècle. |
© / Rinaldo Tomaselli, 1998.
Ecrit pour le " Nouveau Quotidien" de Genève et pour le "Guide du
Routard"
Ce
texte est protégé par le copyright :
Istanbul Guide / Pages francophones
turques
Modifications
en 2006 - Photos no1 et no 2 de Roxane Photo Istanbul
& Paris |
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