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Les
cryptos-chrétiens de Turquie aujourdhui
On pense que le nombre des cryptos-chrétiens en Turquie,
varie entre 1 200 000 et
1 500 000. Si ces chiffres peuvent impressionner, ils sont toutefois vraisemblables, même
sil est totalement impossible de faire une estimation précise.
Impossible, parce que depuis 1965 il ny a plus de statistiques ethnico-religieuses
officielles et que le gouvernement se borne à indiquer des chiffres frôlant le ridicule
et quil est sain de ne pas répéter ici. Impossible aussi, parce que les
cryptos-chrétiens, à linstar des alévis, sont prêts à jurer quils sont de
bons musulmans, sils se sentent en danger et peuvent même aller jusquà
fréquenter des mosquées.
Du coté des religions officielles présentes en Turquie (grégorienne, catholique,
orthodoxe, protestante), les estimations sont souvent contradictoires et ces Eglises ne
donnent jamais officiellement des chiffres. On peut se fier uniquement à des témoignages
de personnes originaires des régions où vivent les cryptos-chrétiens, à certains
journalistes turcs qui ont fait des recherches dans ce sens et aux religieux qui
sexpriment officieusement.
Qui sont les cryptos-chrétiens de Turquie ?
Les cryptos-chrétiens de Turquie appartiennent à plusieurs groupes ethniques,
dont :
- Les Arméniens
- Les Grecs du Pont (dits Romains)
- Les Russes
- Les Kurdes
- Les Turcs
Il existe aussi des cryptos-chrétiens de langue slave et des Valaques, ainsi que des
Géorgiens. Nous nallons pas traiter lhistoire des 5 groupes que nous avons
choisi, mais donner simplement un bref aperçu de leur situation et de leur environnement
actuel.
Les Arméniens
Les cryptos-chrétiens dorigine arménienne, vivent sur un territoire très grand
qui sétant des frontières de lArménie, de lIran et de lIraq,
jusquau cur de lAnatolie, en Cappadoce. Il sagit essentiellement
de populations rurales, vivant parfois dans des régions très retirées, comme dans les
montagnes autour dErzurum. On les trouve également, dans des régions plus
accessibles, comme près dAvanos en Cappadoce ou même à Kayseri. Certains sont
restés dans lancienne région de Cilicie où, depuis des siècles se trouvaient des
communautés arméniennes jusquà la déportation ottomane de 1915.
Aux Arméniens proprement dits, il faut ajouter les
Hémichis. Ce groupe est originaire
dIran et est généralement musulman chiite. Cependant, il semblerait que des
cryptos-chrétiens sont également présents dans cette communauté installée entre les
villes dErzurum, dErzincan et de Van.
Généralement, les cryptos-chrétiens dorigine arménienne, ont conservé en partie
la langue parlée. Ils nont aucune revendication à légard du gouvernement
turc, ni auprès du
patriarcat grégorien dIstamboul qui les ignore totalement.
Les Grecs du Pont (dits Romains)
La langue française na pas trouvé la juste définition du mot « Rum »
qui veut dire en turc et dans de nombreuses autres langues : Romains. Il sagit
bien entendu, des habitants de lancien Empire romain, que les historiens occidentaux
du XIXe siècle, ont appelé « Empire byzantin ». Il faut préciser ici, que
les habitants en question, autant que leurs descendants, nont eux, jamais appelé
leur empire de cette manière dévaluante.
Autrement dit, les Romains du Pont (est de la mer Noire), sont les descendants des
Byzantins que la langue française pourtant si riche, a réduit à des
Grecs.
Les Romains restés chrétiens de ces régions furent obligés de quitter leurs terres en
1924, lors des échanges de population entre la Grèce et la Turquie. Mais, les guerres et
surtout les attaques répétées de la Russie au XIXe siècle, avaient déjà dispersées
une partie de la population qui sétait réfugiée soit dans les centres urbains de
lEmpire ottoman, soit en Crimée où vivait déjà une communauté romaine.
Les cryptos-chrétiens de la région du Pont, le sont généralement, depuis moins de 100
ans. Comme pour dautres communautés cryptos-chrétiennes, ils se font passer soit
pour des
alévis, soit pour dauthentiques laïcs, comme la Turquie kémaliste en a
produit énormément dans tout le pays et dans toutes les communautés
ethnico-religieuses. Ainsi, le manque de pratiques religieuses, a accéléré le processus
irréversible de lassimilation. Le manque dorganes médiatiques
hellénophones, a également contribué à loubli de langue grecque, qui reste
parlée uniquement par des personnes ayant plus de 50 ans. Dans la même région et plus
à lest, ont peut recenser une autre communauté comptant des cryptos-chrétiens. Il
sagit des Lazes ou Lazis, une ethnie géorgienne.
Les Russes
Les cryptos-chrétiens dorigine russe se résument en Turquie, quasiment aux seuls Molokans
ou Moloques. En fait, il sagit dune secte ultra orthodoxe, dont les
membres ont été chassés de Russie par la Grande Catherine. Leur religion ne tolère
aucun signe de distinction et aucun lieu de culte. Ainsi, à linstar des premiers
chrétiens, ils se réunissent dans des maisons privées pour pratiquer leur religion.
Leurs cimetières ne comportent aucune croix ni autres signes chrétiens. Ils vivent dans
lEst de la Turquie, aux abords de la mer Noire, en communautés extrêmement
repliées sur elles-mêmes. Leur langue est le russe, bien que la scolarité, comme dans
le reste du pays est en turc.
Les Kurdes
Les divisions linguistiques et religieuses de ce groupe ethnique, ont aussi engendré des
cryptos-chrétiens. On peut estimer, que les Kurdes, sans leur racine ethnique que sont
les Zazas, sont majoritaires musulmans sunnites. Néanmoins, une partie importante des
Kurdes, sont des alévis (peut-être 40%) qui se réclament comme tels ou se dissimulent
comme cette religion lexige, sous le couvert du
bektachisme (secte musulmane
chiite). Une infime partie des Kurdes de Turquie ou dailleurs, adhère ouvertement
au christianisme et est fidèle au patriarcat dAntioche (Eglise assyrienne ou
syrienne). Les cryptos-chrétiens kurdes de Turquie, se concentrent dans la région de Van
et Urfa.
Les Turcs
Les tributs turques dAnatolie trouvèrent à leur arrivée, une population
entièrement christianisée et certaines adoptèrent la religion dominante. Cest le
cas des Karamans ou
Karamanites et, dans une moindre mesure, de certains Seldjoukides. Les
Turcs continuèrent à parler leur langue, mais neurent jamais une Eglise séparée
du patriarcat de Constantinople. Aux échanges de population de 1924, les Turcs orthodoxes
furent obligés de quitter lAnatolie au même titre que les Grecs musulmans durent
quitter la Grèce. Certains Turcs orthodoxes, pour éviter lexpulsion, se
déclarèrent musulmans ou alévis. Les Turcs cryptos-chrétiens daujourdhui,
le sont essentiellement depuis moins de 100 ans, comme les Romains du Pont.
Il est à noter que pour les populations de Turquie et de Grèce, les Turcs orthodoxes,
sont des Romains, puisquils dépendent du
patriarcat de Constantinople.
Lidentité, en Europe orientale, nest pas ethnique, mais religieuse.
Pour les cryptos-chrétiens dethnies turques, là aussi, le manque de pratiques
religieuses débouche sur une lente, mais totale, assimilation.
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