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Istanbul - capitale culturelle de l'Europe - 2010
       

 

Les crypto-chrétiens de Turquie

On pense que le nombre des crypto-chrétiens en Turquie, varie entre 800 000 et
1 200 000. Si ces chiffres peuvent impressionner, ils sont toutefois vraisemblables, même s’il est totalement impossible de faire une estimation précise.
Impossible, parce que depuis 1965 il n’y a plus de statistiques ethnico-religieuses officielles et que le gouvernement se borne à indiquer des chiffres frôlant le ridicule et qu’il est sain de ne pas répéter ici. Impossible aussi, parce que les crypto-chrétiens, à l’instar des alévis, sont prêts à jurer qu’ils sont de bons musulmans, s’ils se sentent en danger et peuvent même aller jusqu’à fréquenter des mosquées.
Du coté des religions présentes en Turquie (grégorienne, catholique, orthodoxe, protestante), les estimations sont souvent contradictoires et ces Eglises ne donnent jamais officiellement des chiffres. On peut se fier uniquement à des témoignages de personnes originaires des régions où vivent les crypto-chrétiens, à certains journalistes turcs qui ont fait des recherches dans ce sens et aux religieux qui s’expriment officieusement.

Qui sont les crypto-chrétiens de Turquie ?
Les crypto-chrétiens de Turquie appartiennent à plusieurs groupes ethniques, dont :
- Les Arméniens
- Les Grecs du Pont (dits Romains)
- Les Russes
- Les Kurdes
- Les Turcs
Il existe aussi des crypto-chrétiens de langue slave et des Valaques, ainsi que des Géorgiens. Nous n’allons pas traiter l’histoire des 5 groupes que nous avons choisis, mais donner simplement un bref aperçu de leur situation et de leur environnement actuel.

Les Arméniens
Les crypto-chrétiens d’origine arménienne, vivent sur un territoire très grand qui s’étant des frontières de l’Arménie, de l’Iran et de l’Iraq, jusqu’au cœur de l’Anatolie, en Cappadoce. Il s’agit essentiellement de populations rurales, vivant parfois dans des régions très retirées, comme dans les montagnes autour d’Erzurum. On les trouve également, dans des régions plus accessibles, comme près d’Avanos en Cappadoce ou même à Kayseri. Certains sont restés dans l’ancienne région de Cilicie où, depuis des siècles se trouvaient des communautés arméniennes jusqu’à la déportation ottomane de 1915, puis du retrait des troupes françaises en 1922.
Aux Arméniens proprement dits, il faut ajouter les Hémichis. Ce groupe est originaire d’Iran et est généralement musulman chiite. Cependant, il semblerait que des crypto-chrétiens sont également présents dans cette communauté installée entre les villes d’Erzurum, d’Erzincan et de Van.
Généralement, les crypto-chrétiens d’origine arménienne, ont conservé en partie la langue parlée. Ils n’ont aucune revendication à l’égard du gouvernement turc, ni auprès du patriarcat grégorien d’Istanbul qui les ignore tout en les estimant au nombre de 500 000 personnes.

Les Grecs du Pont (dits Romains)
La langue française n’a pas trouvé la juste définition du mot « Rum » qui veut dire en turc et dans de nombreuses autres langues : Romains. Il s’agit bien entendu, des habitants de l’ancien Empire romain, que les historiens occidentaux du XIXe siècle, ont appelé « Empire byzantin ». Il faut préciser ici, que les habitants en question, autant que leurs descendants, n’ont eux, jamais appelé leur empire de cette manière dévaluant.
Autrement dit, les Romains du Pont (est de la mer Noire), sont les descendants des Byzantins que la langue française pourtant si riche, a réduits à des Grecs.
Les Romains restés chrétiens de ces régions furent obligés de quitter leurs terres en 1924, lors des échanges de population entre la Grèce et la Turquie. Mais, les guerres et surtout les attaques répétées de la Russie au XIXe siècle, avaient déjà dispersées une partie de la population qui s’était réfugiée soit dans les centres urbains de l’Empire ottoman, soit en Crimée où vivait déjà une communauté romaine.
Les crypto-chrétiens de la région du Pont, le sont généralement, depuis moins de 100 ans. Comme pour d’autres communautés crypto-chrétiennes, ils se font passer soit pour des alévis, soit pour d’authentiques laïcs, comme la Turquie kémaliste en a produit énormément dans tout le pays et dans toutes les communautés ethnico-religieuses. Ainsi, le manque de pratiques religieuses, a accéléré le processus irréversible de l’assimilation. Le manque d’organes médiatiques hellénophones, a également contribué à l’oubli de langue grecque, qui reste parlée uniquement par des personnes ayant plus de 50 ans. Dans la même région et plus à l’est, ont peut recenser une autre communauté comptant des cryptos-chrétiens. Il s’agit des Lazes ou Lazis, une ethnie géorgienne.

Les Russes
Les crypto-chrétiens d’origine russe se résument en Turquie, quasiment aux seuls Molokans ou Moloques. En fait, il s’agit d’une secte ultra orthodoxe, dont les membres ont été chassés de Russie par la Grande Catherine. Leur religion ne tolère aucun signe de distinction et aucun lieu de culte. Ainsi, à l’instar des premiers chrétiens, ils se réunissent dans des maisons privées pour pratiquer leur religion. Leurs cimetières ne comportent aucune croix ni autres signes chrétiens. Ils vivent dans l’Est de la Turquie, aux abords de la mer Noire, en communautés extrêmement repliées sur elles-mêmes. Leur langue est le russe, bien que la scolarité, comme dans le reste du pays est en turc.

Les Kurdes
Les divisions linguistiques et religieuses de ce groupe ethnique, ont aussi engendré des crypto-chrétiens. On peut estimer, que les Kurdes, sans leurs sousins les Zazas, sont majoritaires musulmans sunnites. Néanmoins, une partie importante des Kurdes, sont des alévis (peut-être 40%) qui se réclament comme tels ou se dissimulent comme cette religion l’exige, sous le couvert du bektachisme (secte musulmane chiite). Une infime partie des Kurdes de Turquie ou d’ailleurs, adhère ouvertement au christianisme et est fidèle au patriarcat d’Antioche (Eglise assyrienne ou syrienne). Les crypto-chrétiens kurdes de Turquie, se concentrent dans la région de Van et Urfa.

Les Turcs
Les tributs turques d’Anatolie trouvèrent à leur arrivée, une population entièrement christianisée et certaines adoptèrent la religion dominante. C’est le cas des Karamans ou Karamanides et, dans une moindre mesure, de certains Seldjoukides. Les Turcs continuèrent à parler leur langue, mais n’eurent jamais une Eglise séparée du patriarcat de Constantinople. Aux échanges de population de 1924, les Turcs orthodoxes furent obligés de quitter l’Anatolie au même titre que les Grecs musulmans durent quitter la Grèce. Certains Turcs orthodoxes, pour éviter l’expulsion, se déclarèrent musulmans ou alévis. Les Turcs crypto-chrétiens d’aujourd’hui, le sont essentiellement depuis moins de 100 ans, comme les Romains du Pont.
Il est à noter que pour les populations de Turquie et de Grèce, les Turcs orthodoxes, sont des Romains, puisqu’ils dépendent du patriarcat de Constantinople. L’identité, en Europe orientale, n’est pas ethnique, mais religieuse.
Pour les crypto-chrétiens d’ethnies turques, là aussi, le manque de pratiques religieuses débouche sur une lente, mais totale, assimilation.

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