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Au
cours des siècles, de nombreux peuples ont du
cacher leur religion dans leur propre pays et
sous une autorité parfois peu encline à les
tolérer, même dans l’ombre. Ainsi, petit à petit
l’Espagne se débarrassa de ses juifs dissimulés
(les marranes) et des ses musulmans (morisques),
la France de ses protestants (Vaudois ou
Huguenots), etc.
Pour une grande partie de ses peuples, leur
salut se situait au sud de l’Europe, voire le
nord de l’Afrique, dans l’immense Empire
ottoman, où la liberté de religion fut de mise
pendant des siècles.
Cette fameuse tolérance ottomane allait cesser
au fil des indépendances nationales des région
de l’Empire. Ainsi, au lendemain de
l’indépendance de la Grèce, celle-ci allait
encourager les communautés musulmanes et
catholiques à quitter un pays devenu
officiellement orthodoxe. Des milliers de
personnes se replièrent donc sur l’Empire. Entre
1830 et 1924, des millions d’individus,
essentiellement des musulmans, se réfugièrent
dans l’Empire agonisant, dont les dimensions se
réduiront considérablement avec la perte du
Proche-Orient, d’une grande partie de Caucase,
de la Crète, de Chypre, des Balkans et de la
Roumélie. Si la population musulmane augmenta de
façon spectaculaire en Thrace et en Anatolie, ce
qui allait être les limites de la nouvelle
république turque, la population non-musulmane
restait néanmoins importante. Ainsi, Istanbul
conservait de nombreux chrétiens (grégoriens,
orthodoxes, catholiques, etc.), ainsi que
plusieurs communautés juives, dont les séfarades
formaient le principal élément. L’Anatolie
conservait de grandes communautés grecques,
surtout le long des cotes, mais aussi à
l’intérieur, comme en Cappadoce par exemple. La
région d’Antioche – Alexandrette et le long de
l’actuelle frontière syrienne, un nombre
important de chrétiens y demeuraient. Une grande
partie était fidèle du patriarcat d’Antioche.
Les Arméniens étaient partout dans l’Empire,
même au temps sa splendeur, mais une forte
concentration était implantée dans les 6
provinces de l’Est de la Turquie actuelle,
formant l’Arménie turque. Une autre
concentration demeurait en Cilicie où des
Arméniens immigrés avaient fondé en son temps,
la Petite Arménie.
Nous ne parlerons pas des alévis, toujours très
nombreux dans les territoires de l’Empire, dont
le devoir de dissimulation les a toujours
intégré aux musulmans, alors que ces derniers,
de même que l’Etat, les considéraient comme des
musulmans hérétiques et non comme une identité à
part, comme il le sont réellement (environ 25 à
30% de la population turque d’aujourd’hui, est
alévie).
La fin de l’Empire fut sévère pour les
populations chrétiennes qui s’étaient, la
plupart du temps, alliées avec les ennemis des
Ottomans. Ainsi, l’Empire en guerre, se
débarrassait des Arméniens de l’Est en les
déportant en Syrie. De grands massacres eurent
lieu à cette occasion. L’Anatolie était vidée de
ses Arméniens, mais il restait les Grecs.
L’Empire s’étant complètement effondré, le
nouvel homme fort du pays, Atatürk, allait
trouver une solution à la reconstruction et à
l’entente nationale. L’idée première d’Atatürk,
était de créer une confédération entre la Grèce
et la nouvelle Turquie. Cette confédération
aurait permit de maintenir dans leur région
d’origine, des populations orthodoxes et
musulmanes, aussi bien en Grèce agrandie de la
Macédoine et de Crète, qu’en Anatolie.
Le non catégorique de la Grèce était à prévoir.
Comment imaginer une alliance entre un royaume
officiellement orthodoxe et une république
laïque ? Le projet d’Atatürk ne vit donc jamais
le jour et le Traité de Lausanne de 1923,
liquida le problème par un échange de
population, pur et simple. Environ 500 000
musulmans durent quitter la Grèce et la Crète,
parfois de force, tandis que 1 500 000
orthodoxes attachés au patriarcat de
Constantinople, prirent le chemin de la Grèce.
C’est
de cette période, que nous vient la plupart des
crypto-chrétiens que l’on trouve aujourd’hui en
Turquie et très certainement, les
crypto-musulmans de Grèce.
La désislamisation de la République turque,
entre les années 1925 et 1940, fut intense et
toute influence de la religion dans l’Etat, fut
vivement préservée dans ces années-là. Cette
laïcité permit aux chrétiens d’Anatolie, de se
fondèrent dans un milieu devenu presque
entièrement musulman. Se faisant passer pour de
musulmans non réellement pratiquants ou mieux,
pour des alévis (ceux-ci ne fréquentent pas les
mosquées et ne pratiquent pas de jeûne), ils
purent dissimuler leurs convictions jusqu’à nos
jours.
Aujourd’hui, on peut s’étonner que ces
crypto-chrétiens, ou autres cryptos, se
dissimulent encore, mais vivant la plupart du
temps dans un milieu rural ou dans de petites
villes, ou dans des régions où l’islam apparaît
moins tolérant qu’ailleurs (Konya, Kayseri,
Sivas, Erzurum), on peut comprendre leur
discrétion. Il faut aussi ajouter que, les
traditions se sont maintenues plus ou moins,
mais qu’une grande partie des cryptos-chrétiens
n’est pas baptisée. A la manière des alévis, les
cryptos-chrétiens et les cryptos-juifs, ont
généralement un «dédé», c’est-à-dire une
personne d’un certain âge, qui transmet la
tradition et le savoir de la communauté, lors de
cérémonie plus ou moins secrètes.
Les cryptos-juifs sont beaucoup moins nombreux
en Turquie. D’abord, parce que la communauté
juive était beaucoup moins nombreuse en Anatolie
que les communautés chrétiennes, et surtout,
parce que les juifs n’ont pas subit de
répressions dans l’Empire ottoman, même pas vers
la fin de celui-ci. Les années 1923 / 24, furent
quand même un temps d’émigration pour les juifs
pour plusieurs raisons, mais avant tout, pour
fuir l’instabilité du pays. Beaucoup s’exilèrent
en France, d’autres en Amérique Centrale et du
Sud. La Turquie fut l’un des seuls pays d’Europe
qui se trouvait en 1945, avec une population
juive plus importante qu’avant la guerre. Mais
en 1948, une nouvelle vague de candidats au
départ, prit le chemin du nouvel Etat d’Israël.
Aujourd’hui, on estime à environ 16 % des
Israéliens d’origine turque.
Malgré les bienveillances de l’Empire ottoman
jusqu’à sa chute, et celles de la nouvelle
république à l’égard des juifs, les
cryptos-juifs existent bien pour autant en
Turquie. Mais, à de très rares exceptions, il
s’agit de populations rurales fondues dans un
environnement alévi ou éventuellement musulman.
Les cryptos-juifs aujourd’hui /
Les cryptos-chrétiens aujourd’hui
Communautés juives /
Communautés chrétiennes
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