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Istanbul - capitale culturelle de l'Europe - 2010
       


Intérieur d’une mosquée stambouliote

Les religions en Turquie

Une large majorité de la population de Turquie est musulmane sunnite, mais on trouve de nombreux groupes religieux issus de l’islam ou non, éparpillés dans tout le pays. Pour vous aider à mieux comprendre cette diversité, nous vous donnons quelques références non exhaustives.
Le sunnisme : c’est l’islam appelé « orthodoxe » et auquel adhèrent plus ou moins 80% des musulmans dans le monde. Les sunnites sont divisés en quatre groupes (écoles juridiques) importants avec de multiples branches et portant le nom des canonistes qui ont conçus les rites, soit :

- hanafisme, la plus libérale, fondée par Abou Hanifa, en 699-760. Le hanafisme fut officialisé dans l’Empire ottoman et s’y est diffusé. La majorité des Turcs sont hanafis et cette branche représente environ 35 % des sunnites dans le monde.
- malékisme : école fondée par Malik Ibn Anas, en 715-795. Les malékites ne sont pas présents en Turquie mais surtout en Afrique du Nord (Egypte, Algérie, etc.) et forment environ 25 % des sunnites.
- chaféitisme : fondée par Mohamed Ibn Idriss as-Shafei, 767-820. Très peu d’adhérents en Turquie, sauf chez les Kurdes, cette branche est principalement représentée en Asie et en Afrique orientale et représente plus de 30% des sunnites dans le monde.
- hanbalitisme : fondée par Ibn Hanbal, 780-855. Seulement présente en Arabie Séoudite et au Qatar. Quelques ordres soufis hanbalites en Iraq, Egypte, Syrie, Liban, Inde et Turquie.


Les cimetières en Turquie sont très particuliers par rapport à ceux que l'on trouve dans le Monde musulman ou en Europe Occidentale.

Les tombes des anciens cimetières musulmans, (à gauche), ne portent que des inscriptions religieuses en arabe ou en ottoman et sont surmontées d'un couvre-chef pour les hommes ou d'une décoration florale pour les femmes.
 
 Les cimetières sont organisés par religions : musulmans, orthodoxes, alévis, catholiques, protestants, juifs caraïtes, juifs séfarades.
 
 Les tombes musulmanes postérieures à 1928 ne comportent que des inscriptions en caractères latins et souvent des photos du défunt.
 
 On peut également trouver des tombes portant la date de naissance musulmane et la date chrétienne pour le décès.

L'islam sunnite ne permet pas la représentation des images. L'art de la calligraphie s'est développé pour y palier

Pour les chiites, Ali, le gendre du prophète, est le détenteur de la Lumière divine alors que Mohamed est seulement détenteur de la Prophétie. Les imams qui lui succèdent ont tous en eux cet héritage de la Lumière divine qui leur permet d’interpréter le sens caché, ésotérique du coran. Pour les chiites, seuls les initiés peuvent accéder à la vraie lecture du coran. C’est la plus importante branche minoritaire de l’islam, dont environ 10% des musulmans du monde entier se réclament. Le chiisme est divisé aussi en plusieurs branches, mais ce sont les duodécimains qui sont de loin, les plus nombreux (environ 90% des chiites). Ils sont surtout présents en Iran, au sud de l’Iraq et au Liban.
 Les chiites se différencient entre eux par le nombre des descendants d'Ali et de Fatima (gendre et fille du prophète) et par le rôle qu'ils leurs accordent.
 Les duodécimains reconnaissent 12 imams le 13e ayant disparu au IXe siècle. Les septimains en reconnaissent 7 et les zaydites 5.


 

Les ismaéliens sont aussi appelés septimains. Pour eux, c’est Ismaël, qui est l'authentique VIIe imam, et non son fils cadet Abol Hassan Moussa al-Qasim considéré comme le vrai par les duodécimains. La branche ismaélienne s'est rapidement scindée en deux ordres, les mustafiens et les misaris, tous deux imprégnés de mysticisme et d'ésotérisme. Il ne sont pas présents en Turquie. Le chef actuel des ismaéliens est l’Agha Khan, reconnu comme 49e imam.

Le wahhabisme est une pratique fondamentaliste prêchée en Arabie par Mohamed Abdel Wahhab (1703-1787). Depuis l'origine, les wahhabites vouent une exécration toute particulière aux chiites et, de manière générale, à tout ce qui n’est pas wahhabite. Ils sont surtout présents en Arabie.

Les confréries soufies : sont très implantées en Turquie, malgré une interdiction les ayant frappées dans les années 20. Elles sont (évidemment) divisées en plusieurs groupes qui comptent chacun d’eux des millions d’adeptes. Le soufisme est une discipline d'intériorisation de la révélation coranique et considère la musique comme une aide nécessaire à la rencontre de Dieu. Le but est l’union mystique avec Dieu et l’anéantissement de sa personne (fana’) en la Divinité.

Les rapports qu’un soufi entretient avec Dieu sont symbolisés dans un rapport Aimé/Amant. Les soufis tiennent donc moins compte de l’observance des règles religieuses et vivent une relation très personnelle et parfois très libre avec l’islam. Si plusieurs confréries sont issues du sunnisme, certaines le sont du chiisme ou de l’hanbalitisme.
- Les mevlevi, d’origines sunnites, forment une des confréries les plus répandues en Turquie. Son fondateur est Jalal ed Din Rumi de Konya. Ils sont connus sous le nom de derviches tourneurs. La danse et la musique sont mis à l’honneur dans les cérémonies (Mevlana). Les mevlevi insistent sur les pratiques esthétiques et les émotions procurées par la beauté pour transcrire leurs extases et atteindre leur extase.

- Les bektasi, confrérie fondée par Haci Bektas, ont des bases chiites, mais ont gardé aussi des éléments chamanistes. C’est certainement la branche soufie qui compte le plus de membres en Turquie. Les danses des mevlevi ont influencé les bektasi, puisque Jalal ed Din Rumi et Haci Bektas étaient contemporains. Ils furent de grands rivaux et les deux eurent beaucoup de succès auprès de l’aristocratie ottomane. Voir couvent Perisan Baba.

- Le fondateur des halveti serait Omar al Khalwati mort en Syrie en 1337, mais ils sont influencés par le soufi espagnol Ibn Arabî. Ils ne forment pas un ordre défini et structuré et sont des ascètes individualistes (malamati) qui ne sont pas soumis à l'enseignement d'un maître, mais vivent leur éveil de façon personnelle. Pour ce qui est de leurs pratiques choquantes, ils cherchent à scandaliser la population en démontrant que tout n'est qu'illusion et que le Bien et le Mal ne sont pas accessibles à la raison humaine. Les halveti ont certainement un lien avec les fakirs indiens, musulmans ou hindous, qui ont importé ces pratiques d'Asie centrale et d'Inde. Voir leur couvent à Aksaray, et le couvent de la branche Sumbul des halveti.

- Les cerrahi sont issus de l’école cerrahiye fondée par Nurreddin al Cerrahi (1678-1721) qui était un halveti. Leur couvent à Karagümrük reste un centre important pour cette branche toute stambouliote, tout comme les merkez, autre branche halveti stambouliote, dont le mausolée du fondateur, Merkez Efendi, est un fameux pèlerinage. Merkez Efendi est à l’origine d’une pâte à base de miel comprenant plus de 40 épices, dont la consommation peut aider certaines carences du corps humain. Elle est vendue encore de nos jours dans les bazars sous le nom de : « aphrodisiaque des sultans » (Mesir Macunu).
- La confrérie des naskebandi a une origine remontant au XIIIe siècle, en Asie centrale. Elle est importantes en Turquie.
- La confrérie des nursçu est originaire de l’Est de la Turquie, une région essentiellement peuplée par des Kurdes. Elle vit le jour à l’instigation de Bedi Üzzaman Sait Nursi (1876 – 1960). Cette confrérie se dispersa à travers la Turquie au début du XXe siècle et en Europe dès 1960. On compte environ 2 millions de membres (Turquie, Allemagne, Suède, Etats-Unis).
- Les süleymanci, sont moins nombreux et suivent une théorie fondée vers 1950.
- Les kalender sont un ordre de soufis errants, déguenillés (parfois nus ou presque), avec un comportement des plus bizarres et qui sont apparus en Anatolie à partir du XIIe siècle. Ils venaient d'Asie centrale (Khorassan) et comme beaucoup de musulmans de l'Est, ils avaient fui l'avancée mongole. Leur comportement viendrait d'influences bouddhiques, hindouistes ou jaïn.
- Les tahtaci et les çepni sont proches des alévis, mais il y a des confédérations dont on ne sait plus si elles sont tribales ou religieuses.

- Les kaderi sont une branche soufie hanbaliste : Cheikh Abdel Kader Gailani ou Abd al-Qadir al Jilani (1077-1166) est le fondateur de la confrérie. Les pratiques choquantes des kaderi (automutilations – avaleurs de sabre), ont les mêmes origines que celles des halveti, mais ceux-ci poussent à l’extrême leurs démonstrations.
Jilani était originaire du Gilan dans le Caucase et fut à la fois soufi, théologien, et juriste. Sa doctrine est une observance et un respect de la Loi, une lutte contre les passions en une intériorisation du Jihad (lutte intérieure contre ses propres démons). Ce fut un très grand prédicateur et tous ses sermons passèrent à la postérité. Il a défendu le soufisme, tout en étant assez traditionaliste et selon lui l'ascétisme et toutes les pratiques menant à l'extase devaient être surveillées et mesurées. Comment l’ordre est parvenu à de telles démonstrations ? Cela reste un mystère, mais l’influence des fakirs n’est pas à exclure. Après sa mort, ses disciples propagèrent une légende qui aboutit à la formation d'un ordre en Syrie, Egypte et Yémen. La confrérie se répand vraiment au XVe siècle et le tombeau du cheikh, à Bagdad, devient un lieu de pèlerinage. Il y a aussi des extensions de l'ordre en Inde. La confrérie s'implante au XVIIe siècle à Istamboul. Son cheikh d'alors Ismail Tusmî aussi appelé Pir Thanî a fondé un couvent qui existe toujours dans le quartier de Tophane.


 Alévis (photo : www.kesfetmekicinbak.com)

L’alévisme est issu de l’islam (au meme titre que le christianisme l’est du judaïsme), mais doit être considéré comme une religion différente. En Turquie il y a deux branches distinctes, les kizilbas et les nosaïri. Les bektasi se considèrent souvent proches des alévis, mais en fait, c’est une branche hétérodoxe de l’islam qui suit plus ou moins les règles du chiisme en y ayant ajouté quelques éléments chamanistes, voire chrétiens et même judaïques. Les trois organisent le ciel comme une cour iranienne : Dieu est le padichah, il a pour l'épauler 4 archanges, 12 ministres, les imams et 40 saints. Marie est aussi vénérée. Ils célèbrent Nevroz (le Nouvel-An iranien) et Mehrgan, la fête d'automne. Ce sont de vieilles fêtes zoroastriennes. Les trois ne connaissent pas la polygamie. Les cérémonies (Cem) où l’on pratique des danses, sont assez identiques, avec vin, sacrifice d'animaux, sauf chez les nosaïri. Ils fêtent Pâques avec les Arméniens et la fête de Khizr Elias est souvent confondue avec saint Serge. Les kizilbas et les nosaïri ont aussi le respect religieux de certains arbres sur les hauteurs, solitaires. On ne peut ni les couper ni les ébrancher, sous peine de malheurs graves. On y suspend des chiffons, des ex-votos, on y sacrifie des poulets ou des moutons.

- Les alévis - nosaïri (dits aussi alaouites dans les pays arabes), sont une des branches alévies importantes implantés surtout dans le sud-est de la Turquie (région d’Antioche, Adana, Tarse, Mardin, Alexandrette). Ils sont apparus en Irak au IXe siècle. Un certain Muhammad ibn Nusayr al Namiri, jusque là chiite, a proclamé la divinité du XIe imam, dont lui-même était le prophète. Le dogme s'est répandu surtout dans les montagnes du nord de la Syrie. Selon leur dogme, au début des temps, les âmes des nosaïri étaient des lumières autour de Dieu pour le louanger. Puis ils se sont révoltés et ont été déchus et donc condamner à se réincarner sur terre. Dieu qui est une trinité non égalitaire, est apparu plusieurs fois sur terre incarnée par Abel, Seth, Joseph, Jésus, saint Pierre, Ali et les imams jusqu'au 11e. Les nosaïri ont des lieux saints, des sources et des arbres sacrés. Les femmes ne sont pas sauvées car elles sont nées des péchés du diable et sont exclues des cérémonies au cours desquelles il y a des repas sacrés où l'on partage le pain et le vin, chair et sang de Dieu. Ils ont aboli les 5 piliers de l’islam (prière, aumône, jeûne, pèlerinage et profession de foi). Les nosaïri font d'Ali le dieu du feu et de la lumière, concept central des anciennes religions perses et du zoroastrisme en particulier.

Les alévis kizilbas ou safavides sont issues d'une confrérie soufie, la safaviyya, d'abord sunnite puis chiite, dirigée par une famille kurde d'Azerbaïdjan. Ils sont présents dans toute la Turquie, chez les Kurdes, entre autres. Au début du XVIe siècle, ils rompent radicalement avec l'islam, proclament la divinité de leur gourou, réincarnation d'Ali et de Jésus. Ils sont très égalitaires, cela fonctionne au début comme un couvent de soufi militarisé. Les femmes sont égales, il y a un certain idéal social (partage des richesses). Ils croient aussi en la réincarnation sous forme de punition (dans un animal par exemple) ou divine (leurs imams)


Mausolée de Haci Bektaş

Les bektasi (Bektashi / Bektachi) ne sont pas hors de l'islam, et sont une confrérie soufie et non une secte. Contrairement aux deux autres groupes, on peut devenir bektasi. Ils ont été très influencés par les alévis kurdes dans l'Est de la Turquie et par les chrétiens dans les Balkans. Ainsi les bektasi célèbrent aussi le Nevroz en le reliant à Ali. Haci Bektas, leur fondateur, est vénéré par les alévis, mais les Kurdes préfèrent le saint local Munzur Baba. Ceux d’entres eux qui se disent bektasi-alévis, sont en fait des alévis qui pratiquent la fameuse "dissimulation" prônée dans leur religion. Les bektasi étaient l'ordre favori des janissaires, parce que ceux-ci, d'origine chrétienne, se plaisaient dans les ordres soufis très tolérants envers les autres cultes. Pour un soufi, toutes les religions et toutes les pratiques se valent, parce que tout ramène à Dieu de toute façon.

Les bahaïs ont aussi une origine perse et chiite. Cette religion a été fondée au XIXe siècle par deux mollahs dont l’un se déclarait être la porte de la Vérité divine. Le culte est fondé sur la proclamation de l’unité de Dieu, de l’humanité et de la religion. Le tombeau de l’un des deux fondateurs (Mirza Ali Muhammad), se trouve au Mont Carmel près d’Haïfa en Israël. Les bahaïs sont présents dans tous les pays arabes, en Iran et en Inde, mais aussi et, c’est moins connu, dans tous les pays d’Europe (la Suède compte plus de bahaïs que de catholiques). En Turquie, seule la région d’Alexandrette (Hatay / Antioche) en compte quelques milliers.

Les dönme ou sabbataïstes trouvent leurs origines au XVIIe siècle, en la personne de Sabbataï Tsevi (ou Sevi), le plus célèbre "faux messie" de l'histoire juive. La conversion de Tsevi et de ses fidèles à l'islam, ne réussie pas à liquider la secte, qui enflamma l'ensemble du monde juif. C’est un phénomène de type marrane : adhésion de façade à la religion dominante, conjuguée avec fidélité aux croyances et pratiques ancestrales. En Turquie, les dönme sont présents surtout dans les villes et particulièrement à Istanbul (Bakirköy et Tesvikiye) où les réfugiés de Thessalonique affluèrent en grand nombre en 1924.

Les yézidis n’ont presque pas été influencés par l’islam, mais par le nestorianisme, le judaïsme et le zoroastrisme. Aujourd'hui les principaux foyers du yézidisme se trouvent en Irak, en Turquie, en Syrie, en Arménie et dans certaines régions d'Iran. Ils sont principalement d’ethnie kurde. Les yézidis vénèrent le feu et le soleil et croient que le diable, s'étant repenti de ses péchés devant Dieu, a été pardonné et est devenu le chef des anges. Ils cherchent à se concilier l'esprit du mal pour l'empêcher de nuire. La figure principale qui caractérise le yézidisme est Malak Tavus, vénéré sous forme de paon, qui est l'expression du démon tout en étant le plus puissant et le meilleur des anges. C'est à lui que les yézidis adressent leurs prières. Dieu (Zwade) a créé l'univers avec l'aide de cet ange paon.
 
 Les chrétiens du patriarcat d’Antioche.
 Aujourd’hui, cinq patriarches revendiquent le siège patriarcal d’Antioche, ville longtemps disputée par plusieurs empires aux confins de l’Orient et de l’Occident. L’importance d’Antioche en fit la deuxième ville de l’Empire romain, après la capitale, Istanbul. La population locale, dont on trouve encore quelques traces, est à l’origine araméenne, mais les Araméens couvraient aussi les régions entre le Liban et l’Iran et entre la Turquie et l’Arabie.


Eglise du Sacré-Cœur a Istanbul

Après leur conversion au christianisme, les Araméens occidentaux, acceptèrent l'orthodoxie, ce sont les melkites orthodoxes, dont une fraction se rallia au catholicisme au XVIIIe siècle (melkites catholiques). Un petit groupe d'Araméens occidentaux, les maronites, n'admirent pas l'orthodoxie, choisirent le monothélisme puis, se rallièrent au catholicisme. Les Araméens orientaux adoptèrent le christianisme mais refusèrent l'orthodoxie. Ceux qui étaient dans l'empire byzantin créèrent l'Eglise syrienne-jacobite qui se rattache au monophysisme. Au XVIIIe siècle, une fraction de cette Eglise créa l’Eglise syrienne-catholique. Ceux des Araméens orientaux qui étaient dans l'empire persan créèrent l'Eglise nestorienne (en 351). A partir du XVIe siècle, une fraction des nestoriens se rattacha au catholicisme : c'est l'Eglise appelée chaldéenne. Ce terme a une origine purement occidentale et c'est l’Eglise romaine qui l'a diffusé auprès des autochtones afin de différencier ses fidèles de ceux demeurés nestoriens.

Le terme assyrien est très proche du terme indigène Surayeh, mais date du XIXe siècle, sur une initiative protestante et est depuis appliqué en générale aux nestoriens, parfois aux syriens orthodoxes (jacobites), voire aux catholiques syriens. Les Araméens de Turquie, toutes religions confondues, sont estimées à 200 000 personnes environ, éparpillées entre les villes de Mardin, Diyarbakir, Urfa, Adana, Antioche, Alexandrette à l’Est et Istanbul et Izmir à l’Ouest. Hors de Turquie, les principales communautés sont établies au Liban, Syrie, Iraq, Iran, Emirats Arabes Unis, Pakistan, Mongolie, Arménie, Jordanie et Egypte.

Les chrétiens du patriarcat de la Nouvelle-Rome et de Constantinople

Les orthodoxes de Turquie ne sont que quelques dizaines de milliers répartis essentiellement dans les régions d’Istanbul et de l’Egée, dans la région d’Antioche et du côté de Trabzon. On entend en principe, sous le nom d’Eglise orthodoxe, le patriarcat de la Nouvelle-Rome et de Constantinople.

Cette Eglise revendique aujourd'hui les quatre patriarcats de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche et Jérusalem qui formaient avec Rome la Pentarchie, ainsi que les patriarcats de formation récente (Moscou, Belgrade, Bucarest, Sofia), l'Eglise de Géorgie et plusieurs églises autocéphales ou autonomes. L'orthodoxie est l'héritière du christianisme de la partie orientale de L'Empire romain, suite au schisme de l’Eglise universelle en 1054. A l'échelle internationale, c'est l'Eglise de Constantinople dont le siège est à Istanbul, qui dispose d'une primauté d'honneur. Le nombre des orthodoxes dans le monde varie selon les estimations, de 180 a 200 millions, mais le contexte dans lequel vivent actuellement la plupart des communautés rendent difficiles des statistiques stables; y compris en Turquie. Aux orthodoxes dépendants du patriarcat et vivants sur le territoire turc, on peut y ajouter les orthodoxes des patriarcats non reconnus par Constantinople. Par exemple, le Patriarcat de l'Eglise orthodoxe turque, qui n'a pas réussi a exercer son autorité sur plus d'un demi million de Turcs orthodoxes répartis entre la Turquie, la Bulgarie, la Thrace occidentale, la Roumanie et la Moldavie. Les communautés turques orthodoxes utilisent la liturgie byzantine.


Groupe folklorique devant le patriarcat du Phanar / Fener


Soeur catholique au patriarcat orthodoxe

Les autres communautés chrétiennes de Turquie sont surtout représentées par l’Eglise dite grégorienne arménienne. Elle est autocéphale et son patriarcat majeur est en Arménie, tandis qu’un patriarcat mineur se trouve à Istanbul. Les Arméniens de Turquie sont un peu moins de 350 000, dont une petite partie est catholique et une autre protestante. Ils sont présents dans les provinces orientales, la région de la mer Noire, à Alexandrette et dans les centres urbains (120'000 pour Istanbul seulement).

Les différentes Eglises protestantes sont éparpillées dans tout le pays, mais elles ne forment qu’une infime partie de la population totale. Les communautés sont surtout composées de « nouveaux » chrétiens (musulmans convertis). Les convertions sont estimées a 10 000 par an.
 
 L’Eglise catholique romaine est présente aussi en Turquie, depuis le temps des Byzantins déjà. La communauté n’est cependant pas très importante (évaluée à
30 000 personnes) et ses membres sont présents essentiellement à Istanbul, Izmir, Antioche, Alexandrette, Diyarbakir, Tarse et Adana.
 

Jean XXIII fut le premier pape à avoir prononcé la messe en turc, mais il est surtout connu pour avoir aidé de nombreux juifs des Balkans à rejoindre la Turquie, en accord avec le gouvernement, pendant la guerre de 39-45. Une rue de Pancaldi (Pangalti) porte son nom aujourd'hui.

 

Les communautés juives ne sont plus très importantes aujourd’hui sauf à Istanbul, Izmir, Adana, Antioche, Brousse, Edirne et Çanakkale. La totalité des juifs de Turquie ne dépasse certainement pas les 50 000 personnes, dont la composition est à 90 % séfarade. Ce sont des descendants des réfugiés d’Espagne de 1492, qui parlent encore un dialecte proche de l’espagnol (ladino). Le reste est partagé entre les communautés marrane (des italophones originaires du Portugal), ashkénaze (des germanophones réfugiés des pays de l’Est) et karaïte (des Turcs hellénophones convertis à une secte juive née en Iraq au IXe siècle). A noter que la petite communauté juive d’Antioche est arabophone.

Rinaldo Tomaselli, septembre 2003

 

 

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