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Les
visiteurs
Depuis des siècles, le nom même de la Corne d’Or, a fait rêver les voyageurs et les
romanciers. Il faut dire que le paysage vallonné, les eaux tranquilles et les demeures
impériales qui y sont implantées, ont bien aidé à donner une image d’un Istamboul
où la douceur de vivre a gagné sur le grouillement afféré des quartiers des bazars ou
sur l’agitation des quartiers latins.
Délaissé au milieu du XXe siècle, comme une grande partie du centre historique, au
profit des nouveaux quartiers au nord de
Péra et en dehors
des
remparts
théodosiens, la Corne d’Or a repris son rôle de lien entre les quartiers de la
ville, depuis une quinzaine d’années. Mais le bras de mer n’a pas fini d’évoluer
et de nous surprendre : depuis quelques temps, il est de bon ton pour le Stambouliote
dans le vent, d’aller dîner en amoureux ou entre amis, dans les tavernes qui
fleurissent le long des berges. Mieux encore, alors que les Stambouliotes n’ont jamais
donné beaucoup d’importance aux vieux centre historique, il n’est pas rare, les fins
de semaines, d’y voir des groupes venus des quartiers plaisants, déambuler dans les
ruelles de
Balat
ou de
Fener, à la
recherche du temps passé.
Cet engouement récent pour les
vieilles pierres n’est pas un hasard. Depuis plusieurs années, on parle dans la presse
du grand projet de réhabilitation des principaux quartiers de la Corne d’Or, soit le
Balat et le Fener. On peut d’ailleurs y voir les premiers résultats, même si le
travail qu’il reste à faire, est encore colossal.
Les étrangers sont moins présents dans la liste des visiteurs. En effet, non seulement
ils ne connaissent pas le projet de réhabilitation, mais ils sont toujours certains que
le centre d’Istamboul est
Sainte Sophie.
D’ailleurs, on les voit rarement s’en éloigner, cherchant hôtels et restaurants dans
les environs, et suivant les ‘bons conseils’ de leurs guides, dont les pigistes ont
visité la ville avec les mêmes certitudes que ceux qui les lisent.
Certains étrangers sont
pourtant plus curieux ou connaisseurs. Les Grecs et les Slaves ne conçoivent pas une
visite d’Istamboul, sans passer par Fener, car c’est ici le centre du Monde orthodoxe.
En effet, le
patriarcat
œecuménique de la Nouvelle Rome et de Constantinople y est établit depuis 500 ans.
Le patriarche est l’équivalent pour les orthodoxes, du pape pour les catholiques. Pas
étonnant donc que l’on y rencontre en tout temps, des pèlerins venus des quatre coins
du monde.
Les touristes arabes, et
particulièrement libanais, s’intéressent aux quartiers de la Corne d’Or pour des
raisons différentes. En effet, pendant de nombreux siècles, Constantinople a été leur
capitale et les nombreuses
églises
byzantines de ces quartiers, attirent non seulement les connaisseurs, mais aussi
d’autres chrétiens d’Orient, à la recherche de leur racines. Le quartier de Balat
contient de très anciennes
synagogues
et les
Israéliens, dont 16% ont des racines en Turquie, sont nombreux à s’y rendre.
Les Occidentaux sont les moins présents, mais les
fameuses mosaïques de l’église Saint-Sauveur stin
Chora (Kariye Müzesi), qui se situent sur les hauteurs de la Corne d’Or, attirent
quand même de nombreux touristes. |