Musées
Palais
Mosquées
Eglises
Restaurants
Sports
Plages
Enfants


Centre d'Istanbul

Premier voyage à Istanbul
Low cost et vols de ligne
Hébergement
A voir / A faire

Visites guidées
Location de voitures  
Plans de ville et quartiers
Plan métro et tramway

Visites de quartier en groupe
Bosphore - Iles des Princes
Thrace - Dardanelles - Troade
Carte Turquie Ouest

Région Sud Marmara - Bursa
Musique en Turquie
Forum stambouliote en français
Recherches

       
Istanbul : N'en rêvez plus... Allez-y !
       

Pierre Loti

 

 

 

 

 

 

 

 

Laissons Marc-Edouard Nabe, nous décrire le fameux Café Pierre Loti, quartier d'Eyüp, sur la Corne d’Or. Attention, ce texte est vieux de 20 ans et ne correspond plus du tout avec la réalité d’aujourd’hui :

Ouf ! J’ai semé la plupart des colonnes dans la montagnette. Le cagnard a dégringolé. J’arrive seul, sans cortège de stèles, sur le promontoire qui surplombe la Corne pitoyable. Un stade de foot miteux au fond du vallon et des usines en fumée. L’eau du Bosphore n’est plus réduite qu’à quelques flaques épongeant un vieux bout de gazon... C’est beaucoup plus triste que la vallée de la Meuse, vue de la Roche-à-sept-heures.
Où suis-je? D’où je vois ça? Ma douleur se le donne en mille : du Café Pierre Loti! Le vrai, le bon! Le havre de Viaud! Son coin peinard d’où - flou et fou - il jouissait du panorama! Zieutait les yoles zigzaguant sur les eaux si douces... Il est normal que Loti ait passé la majorité de son temps au sommet d’un cimetière, se glissant sous les glycines de la terrasse pour trier ses sinistres pensées... “Pierre Tombale” eût été un plus juste pseudonyme pour cet obsédé du Grand Voyage.

Un teint de dalle, des moustaches noires comme la nuit et une écriture toute faite en derniers soupirs...
Ah, Loti! Je suis dans ton café dérisoire! Là ou tu flirtas suavement avec ta Circassienne (Aziyadé est un livre magnifique, mais mon préféré c’est Suprêmes visions d’Orient : Odilon Redon sur le Bosphore...), main dans la main, yeux dans les yeux, cœur dans le cœur... Quelques photos aux murs, un pelé étendu sur un pouf se fait servir à boire par un petit garçon déguisé en Turc du siècle dernier.

Piyerloti Kahvesi! L’endroit même! Je sais que Loti à tout exagéré, que la Corne d’Or, même en son temps, n’était pas le paradis qu’il clama, qu’Aziyadé était peut-être une pétasse à peine entrevue ou carrément un éphèbe bien monté... Qu’importe! On sait que l’art copie la vie. La Corne d’Or de Loti est la Corne d’Or. Celle que je vois aujourd’hui n’est qu’une mauvaise page de Loti, un brouillon... Froissons-la...

Heureusement, il est mort avant de voir pareils désastres! Loti est resté dans ses frissons jusqu’au bout. Le nom d’Aziyadé tatoué sur sa petite poitrine, il est allé prolonger son rêve éveillé à Rochefort chez lui, dans son château des Charentes, ramenant là son butin de bric et de broc-à-brac... Il vivait dans le fourbi chic : c’est un fou! On le voit sur certaines photos, funèbre et délicate semi-tantouze, déguisé en pacha, ruisselant de fard, l’air hibou sur son pouf dans son patio en marbre, feuilletant des tapis, tirant de vagues taffes à la pipe à eau. J’allais oublier ses yeux magnifiques, des yeux qui ont l’air de supplier la vie de ne pas passer si vite.

Sacré Loti! C’était l’original du village! “Le Turc pour rire” qu’on croisait en ville en ricanant : il promenait à l’aise ses gros turbans ; dans une gerbe d’amendes amères et de galons, il déplaçait ses plumes de héron, encombré dans des cafetans compliqués, une poignée de yatagan au flanc. On aurait dit un vieux sultan dans sa mosquée sous les voûtes, parmi les catafalques, les cataplasmes. Il faut toujours imaginer Loti ainsi, soutenu par deux matelots dans sa vieille cathère de bois poli, emmiaulé par ses “moumouttes” sous les palmes. Blême ombre en slip japonais il luit là, avec son beau visage opale de Bosphore ; fabuleusement. A deux doigts de la mort, exorbité, trempé, pré-momifié, il bande encore pour Aziyadé, les tcharchafs, la Corne d’Or, les cyprès, le Vieux Sérail et la Sublime Porte!...

Il a poussé l’exotisme de pacotille jusqu’à l’authenticité. Un des premiers, il a compris que les pays, et même le voyage, n’existaient pas. Loti revient toujours à Rochefort et reconstitue là ses visions de voyages. Petites variations capricorniennes!

Là-bas, nous sommes enfin en Turquie, et presque en Turquerie. Alors, en songeant à tout cela, au prix de cet effort de transposition, je me sens pour la première fois à Istanbul. Oui! Au Piyerloti Kahvesi, le plus affreux endroit de la ville, le haut lieu artificiel bidon! En sirotant mon thé sous la tonnelle, je suis enfin dans la Constantinople de pacotille sublime de Pierre Loti, parce que ça me pousse à m’imaginer parfaitement à Rochefort, dans le salon turc splendidement faux qui est, pour moi, la vraie Turquie, la seule Turquie.

Gallimard, “Visage de Turc en pleurs”, Marc-Edouard Nabe, 1992

eyup_cafepierreloti03.jpg (73282 octets)

eyup_cafepierreloti02.jpg (62384 octets) eyup_cornedor01.jpg (44417 octets) eyup_cafepierreloti01.jpg (65322 octets)

 

 

Ne copiez pas ce texte

Index "People"
 
Religions / Communautés en Turquie /
Musique de Turquie


Palais / Mosquées / Eglises / Synagogues / Musées / Mausolées / Couvents de derviches Ruines byzantines / Cimetières Yalı / Visite guidée du quartier / Autres quartiers

Aidez-nous à améliorer cette page

 

istanbul Guide.net

1999-2012 © Copyright Istanbulguide.Net - R. Tomaselli
Aucune contrefaçon ne sera tolérée y compris pour
les pages qui ne sont plus affichées sur notre site
Sauf mention contraire, photos : Roxane Photo http://www.istanbul-photos.com/
D'autres photos sont disponibles également pour le journalisme sous :
http://www.istanbul-photos.com/photos.php
 -
http://www.turquie-photos.com/ et http://www.turquie-photos.com/photos.php

Adresse postale : Bahtiyar Sokak 2/6, Nişantaşı