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Maxime et cinéma
Majestic

 

 

Maksim ve Majestik Sineması
Vers 1900
Taksim / Cihangir Mairie de Beyoglu

C’est sur l’emplacement de l’ancienne école Gréco-française que le cinéma Majestic (plus tard Magic, puis Venüs) a été construit au début du XXe siècle pour le compte du Théâtre de l’Etat, par l’architecte Giuliano Mongeri. Le vaste cinéma était le plus luxueux de la ville à cette époque et servait également de théâtre, tandis qu’une salle de bal se trouvait en sous-sol, ouverte sur un grand jardin avec vue sur le Bosphore.

En 1921, un réfugié afro-américain, Frederick Bruce Thomas fit l’acquisition de la salle de bal et en fit le club de jazz le plus couru d’Istanbul. L’entrée se situait sur la rue Sıraselviler, au même niveau que l’entrée du théâtre. Un large escalier d’une vingtaine de marches emmenait au sous-sol à haut plafond où la salle, qui pouvait contenir plusieurs centaines de personnes, était décorée de colonnes et de boiseries.

C’est vraiment depuis le club Maxim que le jazz fit une percée en Turquie.
Frederick Bruce Thomas, qu’on appelait alors “Jazz Sultan” ou le “Russe Noir”, parce qu’il était arrivé en ville avec les Russes Blancs, monta la plus fantastique boîte de la ville.

Malgré le succès du club, l’Américain était surendetté et fit même de la prison avant de perdre ce qu’il avait créé en 1927.
Ces créanciers ont rouvert le club sous le nom de « Yeni Maksim » (nouveau Maxim). Pendant des décennies ce fut un haut lieu des soirées stambouliotes, puis au fil du temps, le succès s’estompa. Au début des années 2000, un incendie ravagea la salle et fut le point final du plus mythique cabaret stambouliote.

Après l’incendie, le mur donnant sur le jardin (qui avait été bétonné bien des années plus tôt), a été abattu afin de transformer le cabaret en un infâme parking.

Depuis 2013, un projet ahurissant de transformation du bâtiment est en cours de réalisation. La façade ouest étant classée, le projet est de rehausser celle-ci de plusieurs étages en verre Les contestations des habitants du quartier et des associations de sauvegarde du patrimoine n’ont eu, comme d’habitude, aucun effet. La démolition du bâtiment a été effectuée en 2015, ne laissant debout que la façade ouest, et la construction est en cours (2016).

 

 

Le Russe Noir


Frederick Bruce Thomas (1872-1928)

Frederick Bruce Thomas est né en 1872 dans le Mississippi aux Etats-Unis. Ses parents Hannah et Lewis étaient d’anciens esclaves qui possédaient une petite propriété près de la frontière avec la Louisiane. En 1886, un planteur blanc s’empara des terres des Thomas. Contre toute attente, les Thomas attaquèrent le planteur en justice et la Cour suprême leur donna raison.
A l’époque, il était inconcevable que des Noirs puissent gagner en justice contre un Blanc, celui-ci fit appel et devant les menaces, les Thomas préférèrent quitter la région et s’installèrent à Memphis en 1890. Dans des conditions pas très claires le père Lewis se fit assassiné, puis la famille se disloqua.

Frederick décide de s’en aller à Chicago où les tentions et les injustices envers les Noirs sont moins fréquentes que dans le sud des Etats-Unis. A la recherche de plus de liberté, il embarque vers l’Europe en 1894. Ils voyagent dans plusieurs pays, apprend le français et finalement s’engage comme valet de chambre auprès d’une famille fortunée qu’il accompagne
à Moscou en 1899.

A Moscou, il travaille une dizaine d’années comme serveur, maître d’hôtel et valet, puis devient l’assistant du propriétaire du « Yar », café-théâtre le plus en vue de la ville. Le chœur des Tziganes Sokolovsky s’y produit régulièrement et leurs chansons sur le temps de leur servage, rappellent
à Frederick Thomas la propre histoire de son peuple.


Café-théâtre « Yar », Moscou

L’établissement est fréquenté par toute la bourgeoisie moscovite et Frederick Thomas devient le favori d’une clientèle richissime. Il réussit à gagner assez d’argent pour ouvrir en 1911 avec deux partenaires russes, un jardin de divertissement qui deviendra en peu de temps très populaire. En 1912, il loue un théâtre de variété dans le centre-ville appelé « Maxim » qui aura immédiatement du succès auprès des Moscovites.

Frederick Thomas s’épanouie
à Moscou. Il prend la nationalité russe, se marie trois fois et a cinq enfants. Vers 1914, il achète une datcha près d’Odessa. Il possède aussi des immeubles à Moscou, maintenant c’est une évidence : l’immigré Noir américain, fils d’esclaves du Mississipi a fait fortune en Russie.

Un événement politique allait stopper net le succès de Frederick Thomas dans les affaires de la vie nocturne moscovite. En 1917 la Révolution bolchevique éclate, l’Américain se trouvant du côté des nantis, doit s’enfuir. Il se rend
à Odessa, mais la ville est évacuée en avril 1919 par les Français et les Britanniques alliés à l’armée blanche. Il réussit à s’embarquer avec sa femme Elvira et ses enfants avec des réfugiés à destination de Constantinople sur le bateau russe « Empereur Nicolas ».

Arrivée dans la capitale ottomane, il s’empresse d’aller à l’ambassade américaine pour demander de l’aide, voire un rapatriement vers les Etats-Unis. Les fonctionnaires refusent de reconnaitre sa nationalité américaine et, par conséquent refusent également de lui venir en aide, sa couleur de peau jouant certainement un rôle déterminant.


Entrée du palais Corpi, ambassade des Etats-Unis, dans les années 20

Ayant perdu toute sa fortune, Frederick Thomas se lance à nouveau dans les affaires à Constantinople, comme beaucoup d’autres réfugiés russes blancs. Au bout de trois mois, il ouvre « le Stella », un jardin dansant à Şişli où passent des groupes à la mode. Devant le succès de son établissement, il loue en 1921 le sous-sol du cinéma Magic à Péra, avec les jardins, et en fait une boîte de jazz et de nuit, mais s’endette lourdement. Il lui donne le nom de « Maxim » en mémoire du Maxim de Moscou qui lui avait permit de démarrer sa carrière dans le monde du divertissement.

Sur le point de couler, la réussite de son entreprise démarre enfin et le jazz et le charleston deviennent à la mode. Malgré les difficultés économiques et politiques de la Turquie au début des années 1920, Frederick Thomas réussit à faire de son établissement le lieu le plus populaire de la ville. Tout ce qu’il reste de la bourgeoisie stambouliote s’y presse pour écouter le jazz que Thomas a véritablement amené dans l’empire mourant. On l’appelle d’ailleurs « Jazz Sultan ». Les militaires anglais et français qui occupent la capitale fréquentent aussi l’établissement et contribuent beaucoup à son triomphe.

 

La fortune n’allait pourtant pas durer et dès les premières années de la République, les affaires commencèrent à péricliter. Les étrangers et une grosse partie de la bourgeoisie avaient quitté la ville, tandis que les ambassades avec tout leur personnel, commencèrent à être transférées dans la nouvelle capitale de la République.
Frederick Thomas s’enfonça dans les dettes. Incapable de les payer, ses créanciers le font mettre en prison et saisir son cabaret qu’ils rebaptisent « Yeni Maksim ».

Frederick Thomas ne s’en remettra pas. Il tombe malade et après quelques semaines d’hospitalisation, il meurt le 8 juillet 1928 à l’hôpital Pasteur de Taksim.

Oublié des Américains, des Russes, des Stambouliotes et de tous ceux qu’il avait fait danser au rythme du jazz à travers l’Europe, Frederick Bruce Thomas repose au cimetière protestant de Feriköy. Ses descendants vivent en France.


Maksim vers 1975


Soirée au Maksim

 

 

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