Edirne
Thrace
Autres noms :
Andrinople, Hadrianopolis, Orestias, Orestiada, Uscudama, Ouscoudama.
Selon la légende, on attribue la
fondation de la ville à Oreste, le fils d’Agamemnon, qui lui donna le nom Orestiada.
Une autre légende dit, qu’au milieu du confluent des trois fleuves que sont l’Ardiscos,
le Tonsos et l’Hebros (Arda, Tunca et Meriç), vivaient les Nymphes appelées
Orestiades, nom donné à l’endroit par la suite.
Plus vraisemblablement, la ville a été fondée par la tribu thrace des Odryses, qui lui
ont laissé leur nom et qui en ont fait leur capitale.
En 513 av. J.C., l’armée du roi perse Darius, s’empare de la Thrace, mais la péninsule
de Gallipoli ne sera prise qu’en 492 par Xerxès. Pendant quelques années, les
Odryses arrivent à se libérer des Perses et fondent un royaume allant du fleuve Hebros
jusqu’à Varna (aujourd’hui en Bulgarie). Mais Philippe II de Macédoine s’en empare
en 342 av. J.C., puis Alexandre le Grand annexe toute la Thrace en 335. Après la mort d’Alexandre,
la région revint à son général Lysimaque, qui établira sa capitale à l’entrée de
la péninsule
de Gallipoli, à Lysimacheia.
La ville fut attaquée et pillée en 240 avant J.C., par des Barbares venus de Gaules, les
Galates, qui finiront par aller s’établir en Asie Mineure, près d’Ancyre (Ankara).
La Thrace devient romaine en 45, à l’époque de Claudius. L’empereur Hadrien,
fortifia l’ancienne ville d’Orestiada et lui donna son nom : Hadrianopolis. La
ville devait devenir le chef lieu de la province romaine de Thrace et connaître un réel
développement, malgré les nombreuses invasions qui l’attendaient.
En 378, les Goths attaquèrent l’Empire romain sur plusieurs faces. Hadrianopolis était
sur la route menant à la capitale, Constantinople. Les Romains
défendirent la place, mais l’empereur Valens y péri. Les Goths s’établirent plus au
nord, dans l’actuelle Bulgarie. En 441 et 447, ce sont les Huns qui pillèrent toute la
Thrace, puis les Avars en 550, qui détruisirent la ville.
Au IXe siècle, les Bulgares s’en emparent et les Byzantins doivent organiser plusieurs
expéditions pour la libérer. En 1018, ce sont les Petchenègues qui pillent toute la
région et qui s’installent aux portes d’Hadrianopolis. En 1096, Godefroy de Bouillon
et son armée, saccagent cette ville chrétienne au nom de la Croisade contre les
infidèles…
Les Ottomans profitèrent des querelles dynastiques des Byzantins, pour conquérir la
Thrace. Hadrianopolis devint ottomane en 1362, sous Murat Ier, et une année plus tard,
elle devint la capitale de ce qui allait être le plus puissant Etat d’Europe : l’Empire
ottoman.
A l’époque ottomane, la ville se
couvrit de somptueux bâtiments. Palais, mosquées, caravansérails, bains, mais c’est
surtout son commerce qui se développa, surtout après la conquête de la Macédoine et du
sud des Balkans. La ville devait opulente, tandis que différentes communautés se
côtoyaient. Bulgares, Grecs, Latins, Arméniens, juifs, vivaient
en bonne entente avec les musulmans.
Edirne – Andrinople, resta capitale jusqu’en 1455, puis Constantinople
lui ôta ce rôle.
Edirne devait connaître deux catastrophes au cours du XVIIIe siècle. En 1745, un
incendie détruisit une grande partie de la ville, et en 1751, un séisme acheva de
déparer la ville de ses somptueux bâtiments.
En 1829, la ville fut occupée par les Russe qui faisaient pression sur les Ottomans, afin
que celui-ci donne l’indépendance à la Morée, qui sera proclamée en 1830 sous le nom
de « royaume de Grèce ». Sous l’occupation russe, toute la population
musulmane de la ville fut expulsée. A la libération, le sultan Mahmut II, fit
reconstruire la ville qui était quasiment en ruine.
En 1878, Edirne fut occupée à nouveau par les Russes, qui soutenait cette fois-ci, l’indépendance
de la Bulgarie et de la Roumélie orientale. Après le traité de San Stefano, révisé
par le traité de Berlin où d’autres pays réclamaient leur part du gâteau, Edirne fut
libérée.
Les Bulgares, les Grecs, les Serbes et les Monténégrins, attaquèrent ensembles l’Empire
ottoman en 1912, chacun pour élargir son territoire. Ce sont les Bulgares qui arrivèrent
les premiers à Edirne, mais une contre-offensive ottomane, permit de libérer la ville
détruite, en 1913. Edirne dut encore subir une occupation, celle des Grecs, entre 1920 et
1922, mais après le traité de Mudanya, Edirne était de
nouveau libre.
La frontière entre la Bulgarie, la Grèce et la nouvelle République turque, fut fixée
à proximité de la ville et Edirne perdit son arrière pays. La population hellénophone
de la ville et de son faubourg d’Orestiada - Karaağaç, s’établit de l’autre
côté du fleuve Meriç et fonda une nouvelle ville portant le nom de Nea Orestiada,
à quelques kilomètre seulement. Des musulmans de Grèce et de Bulgarie, furent nombreux
à s’installer à Edirne, après 1923.
Selon les statistiques ottomanes de 1908, la population d’Andrinople se composait de 30
000 musulmans (Turcs, Circassiens, Albanais, Tziganes et autres), de 22 000 Grecs ou
hellénophones, de 10 000 Bulgares, de 4 000 Arméniens, de 12 000 juifs et de 2 000
« non classables ».
Centres d’intérêt :
Malgré les désastres successifs que connut Edirne, il reste quand même beaucoup de
témoins architecturaux de son passé et la ville peut se flatter de posséder l’une des
plus belles mosquées de Turquie, celle de Selimiye. Elle fut construite par le
célèbre architecte Mimar Sinan, entre 1569 et 1575, à la demande du sultan Selim II.
Elle constitue la perfection en matière d’architecture religieuse ottomane.
La mosquée Yildirim Beyazit est la plus ancienne de la ville. Elle a
été construite entre 1403 et 1414 par l’architecte Haci Alaeddin de Konya. L’édifice
est carré et recouvert de neuf coupoles, sa décoration est pourvue de céramiques
monochromes.
Construite en 1436 pour le sultan Murat II, la mosquée Muradiye est décorée de
belles céramiques et est entourée de plusieurs dépendances, comprenant des écoles et
un bain.
La mosquée Üç Şerefli a été construite sous le sultan Murat II, entre 1439 et
1447. C’est l’une des plus belles mosquées de la ville.
Le complexe du Sultan Bayazit se situe sur les bords de la rivière Tunca. Il est
composé d’une mosquée, d’une maison de santé, d’une école religieuse, d’un
asile, d’une imprimerie, d’un moulin et d’un bain. On y accède par un pont qui fut
construit en 1484, en même temps que le complexe.
La maison de santé est particulièrement intéressante, puisque l’on y traitait
les malades mentaux en leur faisant écouter de la musique. Dix musiciens et plusieurs
chanteurs étaient à leur service. On utilisait aussi l’aromathérapie, chose
exceptionnelle au Moyen Age et totalement innovatrice en Europe.
De la forteresse d’Hadrien, il ne reste aujourd’hui, qu’une seule tour. Le
reste ayant été détruit au milieu du XIXe siècle. La tour comporte une horloge,
ajoutée en 1870.
Plusieurs ponts méritent une attention particulière, à Edirne ou en
périphérie. Le plus ancien est celui de Michel Paléologue construit au XIIIe
siècle et restauré en 1420. Le pont de Sabahettin Pacha (Saraçhane) date de 1451 et
comporte douze arches et onze piliers.
D’autres ponts sont aussi intéressants, dont ceux de : Kemankes Kara Mustafa Pacha
(1640), pont de Fatih (1452), pont de Soliman (1560), construit par Sinan, pont
Ekmekcizade Ahmet Pacha (1608) ou le Yeni Köprü, construit en 1842.
le caravansérail de Rüstem Pacha, est un bel exemple d’architecture ottomane. Il date
du XVIe siècle.
Kirkpinar
Plusieurs légendes sont à l’origine des fêtes de lutte qui ont lieu chaque année au
mois de juin à Kirkpinar, non loin de la ville. A l’origine, c’est le sultan Murat
Ier qui instaura un gymnase où on y pratiquait la lutte, le tire à l’arc, le lacé du
javelot, entre autres. Les premières fêtes de lutte avaient lieu sur un terrain à l’ouest
d’Edirne, actuellement en Bulgarie. La lutte turque a une réputation mondiale.
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