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Ethnologie
Les différents termes utilisés pour nommer les
Araméens, ne donnent qu’une différence
religieuse, mais pas ethnique. Leur territoire
ancestral est divisé entre plusieurs pays :
Turquie, Syrie, Iraq. Les déplacements de
population, surtout au XIXe et au XXe siècle,
pendant les guerres, ont formé d’importantes
communautés en Iran, au Liban et en Arménie, de
plus petites en Jordanie et en Israël. On compte
également d'autres petites communautés à l’Est
de la Turquie, en Géorgie, en Palestine, à
Chypre
et en Azerbaïdjan. La diaspora est nombreuse en
Russie, aux Emirats-Arabes-Unis, aux Etats-Unis
et en Europe occidentale (France, Suisse,
Belgique, Suède, Allemagne).
Dans leur sphère d’origine, les Araméens
chrétiens ne sont majoritaires que dans la
région de Mossoul en Iraq. En Turquie, ils sont
encore nombreux dans la région de Mardin et à
Istanbul (hors de leur région d’origine), tandis
que ceux de la région d’Alexandrette
–
Antioche
sont complètement arabisés depuis des siècles et
la langue n’a pas survécut.
Les
différents termes utilisés pour les Araméens
sont :
Assyriens =
Syriens (ne pas confondre avec les habitants de
la Syrie)
Assyriens jacobites = Syro-jacobites
Assyriens orthodoxes = Syro-orthodoxes
Assyriens catholiques = Syro-catholiques
Assyro-chaldéens
= Chaldéens
Nestoriens
Maronites
Melkites
catholiques
Melkites orthodoxes
Les Araméens chrétiens se dénomment eux-mêmes "Surayeh"
et appellent traditionnellement leur langue "Sureth".
En turc ils sont nommés "Süryani" et leur langue
le "Süryanice" ou "Aramca".
Le terme
Assyrien
est très proche du terme indigène Surayeh, mais
date du XIX° ou du XX° siècle, sur une
initiative protestante et est depuis appliqué en
générale aux Nestoriens, parfois aux
Syriens
orthodoxes (jacobites), voire aux
catholiques syriens.
Le terme chaldéen a une origine purement
occidentale et c'est l’Eglise romaine qui l'a
diffusé auprès des autochtones afin de
différencier ses fidèles de ceux demeurés
nestoriens.
Après leur conversion au christianisme, les
Araméens occidentaux optèrent pour l'orthodoxie
avec le grec comme langue religieuse : ce sont
les
melkites,
dont une fraction se rallia au catholicisme au
XVIIIe siècle. Un petit groupe d'Araméens
orientaux, les
maronites,
n'acceptèrent pas l'orthodoxie, adoptèrent le
monothélisme puis, à partir des croisades, se
rallièrent au catholicisme. Cependant, les
maronites
avaient adopté et ont conservé comme langue
religieuse le syriaque-édessénien qui est un
dialecte araméen oriental.
Les Araméens orientaux adoptèrent le
christianisme mais refusèrent l'orthodoxie.
Ceux qui étaient dans l'Empire byzantin créèrent
l'Eglise
syrienne-jacobite qui se rattache au
monophysisme. Au XVIIIe siècle, une fraction de
l'Eglise syrienne se rallia au catholicisme :
c'est l'Eglise syrienne-catholique,
principalement formée par des émigrés au Liban
et en Syrie occidentale.
Ceux des Araméens orientaux qui étaient dans
l'Empire persan créèrent l'Eglise
nestorienne. A partir du XVIe siècle,
une fraction des nestoriens se rattacha au
catholicisme : c'est l'Eglise
appelée chaldéenne.
La
langue et l’écriture
L’araméen oriental (syriaque-édessénien) est
appelé traditionnellement sureth : provenant du
fait que cette langue aurait été apportée par
des missionnaires venus de Syrie, parlant le
syriaque, mais l'araméen était parlé dans cette
région bien avant l'apparition du syriaque
proprement dit, et les
Chaldéens
d'aujourd'hui ne sont pas plus particulièrement
descendants des Assyriens que les populations
qui les entourent.
Le dialecte syriaque-édessénien fut une grande
langue littéraire, et demeure la langue
religieuse de ces quatre Eglises (Syrienne-jacobite,
Syrienne-catholique,
nestorienne,
chaldéenne-catholique).
Du point de vue de la langue, la situation peut
se résumer ainsi : d'une part le
syriaque-édessénien, araméen médiéval d'Edesse
(l'actuelle Urfa), langue littérale et
liturgique, utilisée par toutes les Eglises du
Proche-Orient et d’Anatolie (sauf les
Grecs,
les
Turcs
et les
Arméniens).
D'autre part les différents dialectes qui
forment la langue parlée moderne, sentie comme
issue du syriaque oriental.
Dans la partie occidentale, en Syrie et au
Liban, il reste quelques traces d'un araméen
occidental moderne, mais a complètement disparut
de la région d’Antioche
(Turquie).
Les Araméens orientaux sont de loin les plus
nombreux : on les trouve de façon très homogène
dans le Tur Abdin, région de Mardin et de Midyat
(en Turquie), dans le Hassetché syrien, le nord
de l’Iraq, en Arménie et le Rézayèh iranien,
sans compter les importantes communautés
établies dans les grandes villes : Diyarbakir,
Istanbul, Bagdad, Téhéran, Erivan et en
diaspora : Paris, Toulouse, Grenoble, Liège,
Lucerne, Stockholm, etc.
Les Syriens (jacobites
et
catholiques)
adoptèrent une écriture et une prononciation
différentes appelée "syriaque occidental" en
opposition au "syriaque oriental" ou
"chaldaïque" des
Nestoriens
ou
Chaldéens
(Orientaux).
Il faut éviter soigneusement de confondre
"araméen occidental" avec "syriaque occidental"
: le syriaque occidental est la variante
occidentale de l'araméen oriental, et les
jacobites du Liban sont des Araméens orientaux
émigrés à l'ouest.
La partie sud du domaine araméen oriental adopta
massivement l'islam
ou l’alévisme
et la
langue arabe;
seuls subsistent les Mandéens (qui se nomment
eux-mêmes
Nasorayè
: disciples de Jean-Baptiste non ralliés au
christianisme) et parlent toujours leur dialecte
archaïque.
Avant l'ère chrétienne, la langue araméenne se
subdivise en deux domaines, araméen oriental et
araméen occidental, séparés par le désert de
Syrie et le cours supérieur de l'Euphrate.
a) Les Araméens occidentaux : parmi les
dialectes attestés (et disparus) : le nabatéen,
le palmyrénien, le palestinien. Au XVIIIe siècle
les derniers villages libanais parlant araméen
occidental passèrent à l'arabe. Il subsiste
encore aujourd'hui 3 villages parlant l’araméen
occidental (en Syrie, au nord de Damas) : 2
villages musulmans, 1 village chrétien melkite
(Mallula).
b) Les Araméens orientaux : parmi les dialectes
connus : le harranien (disparu), le
syriaque-édessénien (Edesse – Urfa, Turquie), le
babylonien (documents talmudiques, mandéens).
Une seule question de fond reste non résolue : y
avait-il une ou deux nations (une ou deux
langues) araméennes ? Mais la question est
probablement résolue en pratique : les Araméens
occidentaux sont définitivement arabisés, et il
ne reste aux habitants des trois villages
subsistants qu'à choisir entre l'arabe et
l'araméen oriental.
Les Araméens ne sont pas Kurdes
En effet, les nationalistes
kurdes
ont toujours considéré les
Chaldéens
comme des "Kurdes chrétiens", leur reconnaissant
malgré tout une certaine originalité culturelle,
tandis qu'eux-mêmes voulaient être reconnus
comme une nation parlant sa propre langue. Ceci
n’a pas empêché de persécuter les Chaldéens de
Turquie et d’Iraq jusqu’à ces dernières années.
Kurdes chrétiens ? On en trouve effectivement,
mais ils ne sont pas Araméens pour autant, leur
langue est le kurmanci. Enfin, l’araméen est
aussi parlé par un certain nombre de musulmans
et d’alévis. Outre ces exceptions, il faut
compter les juifs montagnards iraquiens, qui
parlent aussi l'araméen.
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