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Une
large majorité de la population de Turquie est
musulmane sunnite, mais on trouve de nombreux
groupes religieux issus de l’islam ou non,
éparpillés dans tout le pays. Pour vous aider à
mieux comprendre cette diversité, nous vous
donnons quelques références non exhaustives.
Le sunnisme : c’est l’islam appelé
« orthodoxe » et auquel adhèrent plus ou moins
80% des musulmans dans le monde. Les sunnites
sont divisés en quatre groupes (écoles
juridiques) importants avec de multiples
branches et portant le nom des canonistes qui
ont conçus les rites, soit :
- hanafisme, la plus libérale, fondée par Abou
Hanifa, en 699-760. Le hanafisme fut officialisé
dans l’Empire ottoman et s’y est diffusé. La
majorité des Turcs sont hanafis et cette branche
représente environ 35 % des sunnites dans le
monde.
- malékisme : école fondée par Malik Ibn Anas,
en 715-795. Les malékites ne sont pas présents
en Turquie mais surtout en Afrique du Nord
(Egypte, Algérie, etc.) et forment environ 25 %
des sunnites.
- chaféitisme : fondée par Mohamed Ibn Idriss
as-Shafei, 767-820. Très peu d’adhérents en
Turquie, sauf chez les Kurdes, cette branche est
principalement représentée en Asie et en Afrique
orientale et représente plus de 30% des sunnites
dans le monde.
- hanbalitisme : fondée par Ibn Hanbal, 780-855.
Seulement présente en Arabie Séoudite et au
Qatar. Quelques ordres soufis hanbalites en
Iraq, Egypte, Syrie, Liban, Inde et Turquie.
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Les
cimetières en Turquie sont
très particuliers par rapport à ceux que
l'on trouve dans le Monde musulman ou en
Europe Occidentale.
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Les tombes des anciens cimetières
musulmans, (à gauche), ne portent que
des inscriptions religieuses en arabe ou
en ottoman et sont surmontées d'un
couvre-chef pour les hommes ou d'une
décoration florale pour les femmes.
Les cimetières sont organisés par
religions :
musulmans, orthodoxes, alévis,
catholiques, protestants, juifs
caraïtes, juifs séfarades.
Les tombes musulmanes postérieures à
1928 ne comportent que des inscriptions
en caractères latins et souvent des
photos du défunt.
On peut également trouver des tombes
portant la date de naissance musulmane
et la date chrétienne pour le décès. |

L'islam sunnite ne permet pas la
représentation des images. L'art de la
calligraphie s'est développé
pour y palier |
Pour les chiites, Ali, le gendre du
prophète, est le détenteur de la Lumière divine
alors que Mohamed est seulement détenteur de la
Prophétie. Les imams qui lui succèdent ont tous
en eux cet héritage de la Lumière divine qui
leur permet d’interpréter le sens caché,
ésotérique du coran. Pour les chiites, seuls les
initiés peuvent accéder à la vraie lecture du
coran. C’est la plus importante branche
minoritaire de l’islam, dont environ 10% des
musulmans du monde entier se réclament. Le
chiisme est divisé aussi en plusieurs branches,
mais ce sont les duodécimains qui sont de loin,
les plus nombreux (environ 90% des chiites). Ils
sont surtout présents en Iran, au sud de l’Iraq
et au Liban.
Les chiites se différencient entre eux par le
nombre des descendants d'Ali et de Fatima
(gendre et fille du prophète) et par le rôle
qu'ils leurs accordent.
Les duodécimains reconnaissent 12 imams le 13e
ayant disparu au IXe siècle. Les septimains en
reconnaissent 7 et les zaydites 5.

Les ismaéliens sont aussi appelés
septimains. Pour eux, c’est Ismaël, qui est
l'authentique VIIe imam, et non son fils cadet
Abol Hassan Moussa al-Qasim considéré comme le
vrai par les duodécimains. La branche
ismaélienne s'est rapidement scindée en deux
ordres, les mustafiens et les misaris, tous deux
imprégnés de mysticisme et d'ésotérisme. Il ne
sont pas présents en Turquie. Le chef actuel des
ismaéliens est l’Agha Khan, reconnu comme 49e
imam.
Le wahhabisme est une pratique
fondamentaliste prêchée en Arabie par Mohamed
Abdel Wahhab (1703-1787). Depuis l'origine, les
wahhabites vouent une exécration toute
particulière aux chiites et, de manière
générale, à tout ce qui n’est pas wahhabite. Ils
sont surtout présents en Arabie.
Les confréries soufies : sont très
implantées en Turquie, malgré une interdiction
les ayant frappées dans les années 20. Elles
sont (évidemment) divisées en plusieurs groupes
qui comptent chacun d’eux des millions
d’adeptes. Le soufisme est une discipline
d'intériorisation de la révélation coranique et
considère la musique comme une aide nécessaire à
la rencontre de Dieu.
Le but est l’union mystique avec
Dieu et l’anéantissement de sa personne (fana’)
en la Divinité.
Les rapports qu’un soufi entretient avec Dieu
sont symbolisés dans un rapport Aimé/Amant. Les
soufis tiennent donc moins compte de
l’observance des règles religieuses et vivent
une relation très personnelle et parfois très
libre avec l’islam. Si plusieurs confréries sont
issues du sunnisme, certaines le sont du chiisme
ou de l’hanbalitisme.
- Les
mevlevi,
d’origines sunnites, forment une des confréries
les plus répandues en Turquie. Son fondateur est
Jalal ed Din Rumi de Konya. Ils sont connus sous
le nom de derviches tourneurs. La danse et la
musique sont mis à l’honneur dans les cérémonies
(Mevlana). Les mevlevi insistent sur les
pratiques esthétiques et les émotions procurées
par la beauté pour transcrire leurs extases et
atteindre leur extase.

- Les bektasi, confrérie fondée par
Haci Bektas, ont des bases chiites, mais ont
gardé aussi des éléments chamanistes. C’est
certainement la branche soufie qui compte le
plus de membres en Turquie. Les danses des
mevlevi ont influencé les bektasi,
puisque Jalal ed Din Rumi et Haci Bektas
étaient contemporains. Ils furent de grands
rivaux et les deux eurent beaucoup de succès
auprès de l’aristocratie ottomane.
Voir couvent
Perisan Baba.
- Le fondateur des halveti serait Omar al
Khalwati mort en Syrie en 1337, mais ils sont
influencés par le soufi espagnol Ibn Arabî. Ils
ne forment pas un ordre défini et structuré et
sont des ascètes individualistes (malamati)
qui ne sont pas soumis à l'enseignement d'un
maître, mais vivent leur éveil de façon
personnelle. Pour ce qui est de leurs pratiques
choquantes, ils cherchent à scandaliser la
population en démontrant que tout n'est
qu'illusion et que le Bien et le Mal ne sont pas
accessibles à la raison humaine. Les halveti
ont certainement un lien avec les fakirs
indiens, musulmans ou hindous, qui ont importé
ces pratiques d'Asie centrale et d'Inde.
Voir leur couvent
à Aksaray, et le couvent de
la branche Sumbul
des
halveti.
- Les cerrahi sont issus de l’école
cerrahiye fondée par Nurreddin al Cerrahi
(1678-1721) qui était un halveti. Leur
couvent à
Karagümrük reste
un centre important pour cette branche toute
stambouliote, tout comme les merkez,
autre branche halveti stambouliote, dont
le mausolée du fondateur, Merkez Efendi, est
un fameux
pèlerinage. Merkez Efendi est à
l’origine d’une pâte à base de miel comprenant
plus de 40 épices, dont la consommation peut
aider certaines carences du corps humain. Elle
est vendue encore de nos jours dans les bazars
sous le nom de : « aphrodisiaque des sultans » (Mesir
Macunu).
- La confrérie des naskebandi a une
origine remontant au XIIIe siècle, en Asie
centrale. Elle est importantes en Turquie.
- La confrérie des nursçu est originaire
de l’Est de la Turquie, une région
essentiellement peuplée par des Kurdes. Elle vit
le jour à l’instigation de Bedi Üzzaman Sait
Nursi (1876 – 1960). Cette confrérie se dispersa
à travers la Turquie au début du XXe siècle et
en Europe dès 1960. On compte environ 2 millions
de membres (Turquie, Allemagne, Suède,
Etats-Unis).
- Les süleymanci, sont moins nombreux et
suivent une théorie fondée vers 1950.
- Les kalender sont un ordre de soufis
errants, déguenillés (parfois nus ou presque),
avec un comportement des plus bizarres et qui
sont apparus en Anatolie à partir du XIIe
siècle. Ils venaient d'Asie centrale (Khorassan)
et comme beaucoup de musulmans de l'Est, ils
avaient fui l'avancée mongole. Leur comportement
viendrait d'influences bouddhiques, hindouistes
ou jaïn.
- Les tahtaci et les çepni sont
proches des alévis, mais il y a des
confédérations dont on ne sait plus si elles
sont tribales ou religieuses.
- Les kaderi sont une branche soufie
hanbaliste : Cheikh Abdel Kader Gailani ou Abd
al-Qadir al Jilani (1077-1166) est le fondateur
de la confrérie. Les pratiques choquantes des
kaderi (automutilations – avaleurs de
sabre), ont les mêmes origines que celles des
halveti, mais ceux-ci poussent à l’extrême
leurs démonstrations.
Jilani était originaire du Gilan dans le Caucase
et fut à la fois soufi, théologien, et juriste.
Sa doctrine est une observance et un respect de
la Loi, une lutte contre les passions en une
intériorisation du Jihad (lutte intérieure
contre ses propres démons). Ce fut un très grand
prédicateur et tous ses sermons passèrent à la
postérité. Il a défendu le soufisme, tout en
étant assez traditionaliste et selon lui
l'ascétisme et toutes les pratiques menant à
l'extase devaient être surveillées et mesurées.
Comment l’ordre est parvenu à de telles
démonstrations ? Cela reste un mystère, mais
l’influence des fakirs n’est pas à exclure.
Après sa mort, ses disciples propagèrent une
légende qui aboutit à la formation d'un ordre en
Syrie, Egypte et Yémen. La confrérie se répand
vraiment au XVe siècle et le tombeau du cheikh,
à Bagdad, devient un lieu de pèlerinage. Il y a
aussi des extensions de l'ordre en Inde. La
confrérie s'implante au XVIIe siècle à Istamboul.
Son cheikh d'alors Ismail Tusmî aussi appelé Pir
Thanî a fondé un couvent qui existe toujours
dans
le quartier de
Tophane.

Alévis
(photo : www.kesfetmekicinbak.com)
L’alévisme est issu de l’islam (au meme
titre que le christianisme l’est du judaïsme),
mais doit être considéré comme une religion
différente. En Turquie il y a deux branches
distinctes, les kizilbas et les
nosaïri. Les bektasi se considèrent
souvent proches des alévis, mais en fait, c’est
une branche hétérodoxe de l’islam qui suit plus
ou moins les règles du chiisme en y ayant ajouté
quelques éléments chamanistes, voire chrétiens
et même judaïques. Les trois organisent le ciel
comme une cour iranienne : Dieu est le padichah,
il a pour l'épauler 4 archanges, 12 ministres,
les imams et 40 saints. Marie est aussi vénérée.
Ils célèbrent Nevroz (le Nouvel-An iranien) et
Mehrgan, la fête d'automne. Ce sont de vieilles
fêtes zoroastriennes. Les trois ne connaissent
pas la polygamie. Les cérémonies (Cem) où
l’on pratique des danses, sont assez identiques,
avec vin, sacrifice d'animaux, sauf chez les
nosaïri. Ils fêtent Pâques avec les
Arméniens
et la fête de Khizr Elias est souvent confondue
avec saint Serge. Les kizilbas et les
nosaïri ont aussi le respect religieux de
certains arbres sur les hauteurs, solitaires. On
ne peut ni les couper ni les ébrancher, sous
peine de malheurs graves. On y suspend des
chiffons, des ex-votos, on y sacrifie des
poulets ou des moutons.
- Les
alévis - nosaïri (dits aussi
alaouites dans les pays arabes), sont une des
branches alévies importantes implantés surtout
dans le sud-est de la Turquie (région
d’Antioche, Adana, Tarse, Mardin, Alexandrette).
Ils sont apparus en Irak au IXe siècle. Un
certain Muhammad ibn Nusayr al Namiri, jusque là
chiite, a proclamé la divinité du XIe imam, dont
lui-même était le prophète. Le dogme s'est
répandu surtout dans les montagnes du nord de la
Syrie. Selon leur dogme, au début des temps, les
âmes des nosaïri étaient des lumières
autour de Dieu pour le louanger. Puis ils se
sont révoltés et ont été déchus et donc
condamner à se réincarner sur terre. Dieu qui
est une trinité non égalitaire, est apparu
plusieurs fois sur terre incarnée par Abel,
Seth, Joseph, Jésus, saint Pierre, Ali et les
imams jusqu'au 11e. Les nosaïri
ont des lieux saints, des sources et des arbres
sacrés. Les femmes ne sont pas sauvées car elles
sont nées des péchés du diable et sont exclues
des cérémonies au cours desquelles il y a des
repas sacrés où l'on partage le pain et le vin,
chair et sang de Dieu. Ils ont aboli les 5
piliers de l’islam (prière, aumône, jeûne,
pèlerinage et profession de foi). Les nosaïri
font d'Ali le dieu du feu et de la lumière,
concept central des anciennes religions perses
et du zoroastrisme en particulier.
Les alévis kizilbas ou
safavides sont issues d'une confrérie soufie, la
safaviyya, d'abord sunnite puis chiite,
dirigée par une famille kurde d'Azerbaïdjan. Ils
sont présents dans toute la Turquie, chez les
Kurdes, entre autres. Au début du XVIe siècle,
ils rompent radicalement avec l'islam,
proclament la divinité de leur gourou,
réincarnation d'Ali et de Jésus. Ils sont très
égalitaires, cela fonctionne au début comme un
couvent de soufi militarisé. Les femmes sont
égales, il y a un certain idéal social (partage
des richesses). Ils croient aussi en la
réincarnation sous forme de punition (dans un
animal par exemple) ou divine (leurs imams)

Mausolée de Haci Bektaş
Les bektasi (Bektashi / Bektachi)
ne sont pas hors de l'islam, et sont une
confrérie soufie et non une secte. Contrairement
aux deux autres groupes, on peut devenir
bektasi. Ils ont été très influencés par les
alévis kurdes dans l'Est de la Turquie et par
les chrétiens dans les Balkans. Ainsi les
bektasi célèbrent aussi le Nevroz en le
reliant à Ali. Haci Bektas, leur fondateur, est
vénéré par les alévis, mais les Kurdes préfèrent
le saint local Munzur Baba. Ceux d’entres eux
qui se disent bektasi-alévis, sont en
fait des alévis qui pratiquent la fameuse
"dissimulation" prônée dans leur religion. Les
bektasi étaient l'ordre favori des
janissaires, parce que ceux-ci, d'origine
chrétienne, se plaisaient dans les ordres soufis
très tolérants envers les autres cultes. Pour un
soufi, toutes les religions et toutes les
pratiques se valent, parce que tout ramène à
Dieu de toute façon.
Les bahaïs ont aussi une origine perse et
chiite. Cette religion a été fondée au XIXe
siècle par deux mollahs dont l’un se déclarait
être la porte de la Vérité divine. Le culte est
fondé sur la proclamation de l’unité de Dieu, de
l’humanité et de la religion. Le tombeau de l’un
des deux fondateurs (Mirza Ali Muhammad), se
trouve au Mont Carmel près d’Haïfa en Israël.
Les bahaïs sont présents dans tous les pays
arabes, en Iran et en Inde, mais aussi et, c’est
moins connu, dans tous les pays d’Europe (la
Suède compte plus de bahaïs que de catholiques).
En Turquie, seule la région d’Alexandrette
(Hatay / Antioche) en compte quelques milliers.

Les
dönme
ou
sabbataïstes trouvent
leurs origines au XVIIe siècle, en la personne
de Sabbataï Tsevi (ou Sevi), le plus célèbre
"faux messie" de l'histoire juive. La conversion
de Tsevi et de ses fidèles à l'islam, ne réussie
pas à liquider la secte, qui enflamma l'ensemble
du monde juif. C’est un phénomène de type
marrane : adhésion de façade à la religion
dominante, conjuguée avec fidélité aux croyances
et pratiques ancestrales. En Turquie, les
dönme sont présents surtout dans les villes
et particulièrement à Istanbul (Bakirköy
et
Tesvikiye)
où les réfugiés de Thessalonique affluèrent en
grand nombre en 1924.
Les yézidis n’ont presque pas été
influencés par l’islam, mais par le
nestorianisme, le judaïsme et le zoroastrisme.
Aujourd'hui les principaux foyers du yézidisme
se trouvent en Irak, en Turquie, en Syrie, en
Arménie et dans certaines régions d'Iran. Ils
sont principalement d’ethnie kurde. Les yézidis
vénèrent le feu et le soleil et croient que le
diable, s'étant repenti de ses péchés devant
Dieu, a été pardonné et est devenu le chef des
anges. Ils cherchent à se concilier l'esprit du
mal pour l'empêcher de nuire. La figure
principale qui caractérise le yézidisme est
Malak Tavus, vénéré sous forme de paon, qui est
l'expression du démon tout en étant le plus
puissant et le meilleur des anges. C'est à lui
que les yézidis adressent leurs prières. Dieu (Zwade)
a créé l'univers avec l'aide de cet ange paon.
Les chrétiens du
patriarcat
d’Antioche.
Aujourd’hui, cinq patriarches revendiquent le
siège patriarcal d’Antioche, ville longtemps
disputée par plusieurs empires aux confins de
l’Orient et de l’Occident. L’importance
d’Antioche en fit la deuxième ville de l’Empire
romain, après la capitale, Istanbul. La
population locale, dont on trouve encore
quelques traces, est à l’origine
araméenne,
mais les Araméens couvraient aussi les régions
entre le Liban et l’Iran et entre la Turquie et
l’Arabie.

Eglise du Sacré-Cœur a Istanbul
Après leur conversion au christianisme, les
Araméens occidentaux, acceptèrent
l'orthodoxie, ce sont les
melkites
orthodoxes, dont une fraction se
rallia au catholicisme au XVIIIe siècle (melkites
catholiques). Un petit groupe
d'Araméens occidentaux, les
maronites,
n'admirent pas l'orthodoxie, choisirent le
monothélisme puis, se rallièrent au
catholicisme. Les Araméens orientaux
adoptèrent le christianisme mais refusèrent
l'orthodoxie. Ceux qui étaient dans l'empire
byzantin créèrent l'Eglise
syrienne-jacobite qui se rattache
au monophysisme. Au XVIIIe siècle, une
fraction de cette Eglise créa l’Eglise
syrienne-catholique. Ceux des
Araméens orientaux qui étaient dans l'empire
persan créèrent l'Eglise
nestorienne
(en 351). A partir du XVIe siècle, une
fraction des nestoriens se rattacha au
catholicisme : c'est l'Eglise appelée
chaldéenne.
Ce terme a une origine purement occidentale
et c'est l’Eglise romaine qui l'a diffusé
auprès des autochtones afin de différencier
ses fidèles de ceux demeurés nestoriens.

Le terme assyrien est très proche du terme
indigène Surayeh, mais date du XIXe
siècle, sur une initiative protestante et
est depuis appliqué en générale aux
nestoriens, parfois aux syriens orthodoxes
(jacobites), voire aux catholiques syriens.
Les Araméens de Turquie, toutes religions
confondues, sont estimées à 200 000
personnes environ, éparpillées entre les
villes de Mardin, Diyarbakir, Urfa, Adana,
Antioche, Alexandrette à l’Est et Istanbul
et Izmir à l’Ouest. Hors de Turquie, les
principales communautés sont établies au
Liban, Syrie, Iraq, Iran, Emirats Arabes
Unis, Pakistan, Mongolie, Arménie, Jordanie
et Egypte.
Les chrétiens du
patriarcat de la Nouvelle-Rome et de
Constantinople
Les orthodoxes
de Turquie ne sont que quelques dizaines de
milliers répartis essentiellement dans les
régions d’Istanbul et de l’Egée, dans la région
d’Antioche et du côté de Trabzon. On entend en
principe, sous le nom d’Eglise orthodoxe, le
patriarcat de la Nouvelle-Rome et de
Constantinople.
Cette
Eglise
revendique aujourd'hui les quatre patriarcats de
Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche et
Jérusalem qui formaient avec Rome la Pentarchie,
ainsi que les patriarcats de formation récente
(Moscou, Belgrade, Bucarest, Sofia), l'Eglise de
Géorgie et plusieurs églises autocéphales ou
autonomes. L'orthodoxie est l'héritière du
christianisme de la partie orientale de L'Empire
romain, suite au schisme de l’Eglise universelle
en 1054. A l'échelle internationale, c'est
l'Eglise de Constantinople dont le siège est à
Istanbul, qui dispose d'une primauté d'honneur.
Le nombre des orthodoxes dans le monde varie
selon les estimations, de 180 a 200 millions,
mais le contexte dans lequel vivent actuellement
la plupart des communautés rendent difficiles
des statistiques stables; y compris en Turquie.
Aux orthodoxes dépendants du patriarcat et
vivants sur le territoire turc, on peut y
ajouter les orthodoxes des patriarcats non
reconnus par Constantinople. Par exemple, le
Patriarcat de l'Eglise
orthodoxe turque, qui n'a pas réussi
a exercer son autorité sur plus d'un demi
million de Turcs orthodoxes répartis entre la
Turquie, la Bulgarie, la Thrace occidentale, la
Roumanie et la Moldavie. Les communautés turques
orthodoxes utilisent la liturgie byzantine.
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Groupe folklorique devant le patriarcat
du Phanar / Fener |

Soeur catholique au patriarcat orthodoxe |
Les autres communautés chrétiennes de
Turquie sont surtout représentées par l’Eglise
dite grégorienne arménienne.
Elle est autocéphale et son patriarcat
majeur est en Arménie, tandis qu’un
patriarcat mineur se trouve à Istanbul. Les
Arméniens de Turquie sont un peu moins de
350 000, dont une petite partie est
catholique
et une autre protestante. Ils sont présents
dans les provinces orientales, la région de
la mer Noire, à Alexandrette et dans les
centres urbains (120'000 pour Istanbul
seulement).

Les différentes Eglises protestantes
sont éparpillées dans tout le pays, mais
elles ne forment qu’une infime partie de la
population totale. Les communautés sont
surtout composées de « nouveaux » chrétiens
(musulmans convertis).
Les convertions sont estimées a 10 000 par
an.
L’Eglise catholique romaine est
présente aussi en Turquie, depuis le temps
des Byzantins déjà. La communauté n’est
cependant pas très importante (évaluée à
30
000 personnes) et ses membres sont présents
essentiellement à Istanbul, Izmir, Antioche,
Alexandrette, Diyarbakir, Tarse et Adana.
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Jean
XXIII fut le premier pape à
avoir prononcé la messe en turc, mais il
est surtout connu pour avoir aidé de
nombreux juifs des Balkans à rejoindre
la Turquie, en accord avec le
gouvernement, pendant la guerre de
39-45. Une rue de Pancaldi (Pangalti)
porte son nom aujourd'hui.
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Les communautés
juives
ne sont plus très importantes
aujourd’hui sauf à Istanbul, Izmir, Adana,
Antioche, Brousse, Edirne et Çanakkale. La
totalité des juifs de Turquie ne dépasse
certainement pas les 50 000 personnes, dont
la composition est à 90 %
séfarade.
Ce sont des descendants des réfugiés
d’Espagne de 1492, qui parlent encore un
dialecte proche de l’espagnol (ladino). Le
reste est partagé entre les communautés
marrane
(des italophones originaires du Portugal),
ashkénaze (des germanophones réfugiés des
pays de l’Est) et
karaïte
(des Turcs hellénophones convertis à une
secte juive née en Iraq au IXe siècle). A
noter que la petite communauté juive
d’Antioche est arabophone.
Rinaldo Tomaselli, septembre 2003 |