Péra s'étire sur la Colline qui
domine l'ancienne ville génoise de Galata, et est
délimité d'Ouest en Est par les places du Tünel et du Taksim, tandis qu'au nord, les quartiers de Dolapdere-Yenisehir et
Taksim, marquent la limite entre la vieille ville et les quartiers plus modernes.
L'architecture à Péra est riche et variée. Nous proposons d'en faire un survol
ci-dessous : |

Les
appartements Botter |
Les palais
Au début du XVIe siècle, le
site était recouvert de vignobles, de vergers et de potagers, quelques rares
constructions s’y élevaient. Ce n’est que depuis 1534, année où l’Empire ottoman
commença a entretenir des relations avec la France, que l’ambassade de cette dernière
fut entreprise et donna le coup d’envoi à l’urbanisation de Beyoglu. L’ambassade de
France se trouve aujourd’hui, comme toutes les autres, à Ankara, mais le bâtiment,
(le palais de France) sert
de résidence stambouliote à l’ambassadeur. Il est située sur son site d’origine,
rue Nuriziya, anciennement rue de Pologne. Plusieurs bâtiments français l'entourent,
dont l’ancienne “capitulation” ou tribunal
français.
Faisant suite aux Français, les ambassadeurs de Venise commencèrent à résider
à Beyoglu. La résidence de ville de de l’ambassadeur d’Italie, à laquelle on peut
aussi accèder en traversant l’église Sainte
Marie Draperis, fut construite en 1695. Le fait que l’édifice est entouré d’un
lycée italien et d’autres bâtiments transalpins, donnent une atmosphère
typiquement italienne à l’endroit.
Le palais d’Angleterre est de
style Renaissance italienne. Il fut construit en 1845 par Sir Charles Barry. Il se trouve
près du marché aux Poissons à Galatasaray
entouré d’un grand parc. Depuis l'attentat de 2003, les annexes ont faits place à un
horrible mur en béton et les travaux de restauration commencés avant l'attentat
devraient se terminer en 2005.
Les ambassades de Hollande, de Pologne et du Danemark
n’ont pas tardé à s’installer à leur tour à Péra. Le palais de Hollande est situé près
de l’église Sainte Marie Draperis,
devant la chapelle St-Louis-des-Français et
le temple calviniste. Entré en fonction au
début du XVIIe siècle, il fut complètement reconstruit par les architectes suisses Fossati en 1855.
Le palais de Suède est lui, près
de la place du Tünel. Il a été construit au XIXe siècle et a
remplacé l’ancien bâtiment en bois, dévasté comme tous les autres par le grand
incendie de 1831.
Le palais de Russie, consulat qui
tenait auparavant ses quartiers au Narmanli
Han ou passage des Chats, prend place sur la même rangée que le palais de Suède. Il
a été construit par les frères Fossati
dans un style italien. Il fut restauré en 2001.
L’ambassade de Prusse a acquis en 1865 un hôtel particulier à Galata.
L’actuel palais d’Allemagne (ou palais
des Oiseaux - Kus Sarayi) à Ayazpasa / Gümüssuyu a
été édifié en 1872.
Le palais Corpi, que l'on trouve
aux Petits-Champs, fut autrefois l’ambassade des Etats-Unis.
Il faisait office de consulat général jusqu'en 2003-04. C’est l’architecte Leoni,
originaire de l’île de Sakiz (Kastron) qui est le maître d’oeuvre de ce qui fut
l’hôtel particulier de la famille levantine Corpi. |

Palais de Venise

Palais
de Hollande

Palais
de Russie |
Les banques
A la suite de l’installation des ambassades, Péra
devint un site important ou résidait une population cosmopolite
et très majoritairement chrétienne latine. Jusque dans les années 30, la langue la plus
utilisée n’était pas le turc, mais le français.
Les rues et les pancartes des commerçants étaient indiqués en français. Les Levantins faisaient généralement office
de traducteurs auprès de l’appareil d’Etat ou dans les établissements privés. Les
traducteurs attitrés d’origines gréco-ottomane, vénitienne ou génoise, en fonction
dans les ambassades jouissaient d’une grande considération dans la société. Certains
d’entre eux s’enrichirent au point de faire des prêts à l’Etat ottoman.
Les célèbres banquiers résidaient
à Péra, comme la famille Camondo. Agents de
change et usuriers, les Camondo s’élevèrent au rang de banquiers, puis fondèrent leur
propre
banque. La famille émigra en France avant la fondation de la République Turque. Les
derniers membres furent déportés dans les camps en Allemagne pendant la dernière
guerre. (Voir aussi les escaliers Camondo à
Galata). A côté du bâtiment Camondo (Kamondo Hani) à Péra, se trouve un bâtiment
qui appartenait à un autre banquier du nom de Foscolo. Il attire l’intention par le
fait que les fenêtres de chaque étage sont d’un style différent.
D'autres familles de banquiers résidaient encore à Péra, comme les Baltazzi, Agopian,
Mavrocordati, Christiaki, Zographios ou Zarifi. |

Cité de Péra |
Les
églises
Péra, encore de nos jours et par ses nombreux
bâtiments religieux, est un exemple de
tolérance.
Le temple protestant de Crimée, rue
Kumbaraci Yokusu, fut construit pour commémorer la guerre de Crimée où les Anglais, les
Piémontais et les Français avaient participé en aidant les Ottomans. L’église catholique Sainte-Marie-Draperis
fut pratiquement reconstruite par les franciscains après l’incendie de 1871(architectes Fossati). Les plaquettes
placées à l’entrée expriment la gratitude dûe au calife Abdülhamit pour les
facilités qui leur avaient été accordées. L’église abrite aussi une très ancienne
icône considérée comme miraculeuse, représentant la Vierge.
Le temple calviniste situé derrière le palais de Hollande est le plus
ancien bâtiment protestant d’Istamboul et a été un centre important pour les
missionnaires protestants. C’est la que le patriarche orthodoxe grec Cyril Lukaris
adopta le calvinisme. Accusé plus tard d’espionnage en faveur de la Russie, Lukaris fut
assassiné en 1638 au su de l’Etat ottoman.
L’église voisine, Saint-Louis des
Français, est l’une des plus anciennes églises catholiques de la ville. Elle
fut fondée par les capucins et fait partie du patrimoine du palais de France, tandis que St Antoine de Padoue fut fondée par les
franciscains. Cette basilique de style italien a remplacé un bâtiment plus ancien.
C’est l’une des plus grandes églises latines d’Istamboul aux côtés de la cathédrale St-Esprit à
Pancaldi, édifiée en 1907 par l’architecte levantin Mongeri. C'est aussi à St
Antoine que pour la première fois de l'histoire, un pape (Jean XXII) précha la messe en langue turque.
Près du palais de Suède, on
trouve encore un temple protestant. Il est fréquenté par la communauté grecque
luthérienne. Les Arméniens
catholiques ont aussi leurs lieux de culte à Péra. La cathédrale Ste-Marie est entre Galatasaray et la place du Taksim, dans
une rue lattérale. Une chapelle
se trouve à Odakule
et gardait autrefois l’entrée du passage Karlmann. Une autre église catholique
arménienne importante est celle que l’on voit de la place du Taksim, derrière le
consulat de France : Vosgeparan. Les Arméniens sont généralement
grégoriens. La formation d’une assez grande communauté d’Arméniens catholiques est
dûe à l’influence (missions) française au milieu du XIXe siècle.
L’église grecque orthodoxe Aya Triada
(de la Trinité) bâtie à la fin du XIXe siècle dans un ancien cimetière parc près de
la place du Taksim, est sans doute l'une des plus grande de Péra. Elle vient d'être
complètement restaurée. St Constantin
et Ste Hélène à Tarlabasi a
également subi une restauration. Une autre église grecque orthodoxe se trouve entre Galatasaray et les Petits-Champs
(Tepebasi) : Panaya Isadorion.
Une
intéressante église melkite se
trouve rue Sakiz Aga, au delà du boulevard Tarlabasi. Cette
communauté arabe est rattachée à Rome,
mais pratique un rite oriental.
L'église est cependant difficile à visiter, car des personnes se sont installées
illégalement dans les bâtiments annexes, par lesquels l'on peut accéder au lieu de
culte. Les melkites sont encore présents, en Turquie, surtout dans la région arabophone
d'Antioche.
A Tarlabasi toujours, rue Karakurum, se trouve la seule église assyrienne édifiée par la communauté-même, et bâtie avec des
pierres transportées de Mardin, centre de la culture assyrienne. L'église est en
restauration (juillet 2004). Les Assyriens
(ou Syriens) parlent l’araméen,
la langue du Christ.
Une autre église assyrienne se trouve à
Gümüssuyu, mais elle est catholique orientale. Le temple pentecôtiste arménien côtoie le temple évangélique
allemand, rue Emin Camii.
Il existe bien d’autres chapelles et églises
à Péra, représentant tous les rites orientaux et occidentaux du christianisme et
regroupant presque tous les groupes ethniques de
Turquie. |

Sainte-Marie Draperis

Prêtres araméens

A
Saint-Louis des Français
|
Les
écoles
Les rues ayant accès à l’avenue
Istiklal sont pleines d’écoles fondées par des étrangers ou des minorités ottomanes.
Certains de ces établissements ont acquis une très bonne réputation. L’enseignement
se fait dans plusieurs langues : français,
italien, allemand, grec, arménien. A noter le lycée
italien, l’école Pierre
Loti, le lycée
allemand, le
lycée Zographion, l’école primaire italienne, le collège Sainte Pulchérie, l’Alliance Israelite,
le lycée
autrichien, le lycée
Zappion, le lycée
Esayan, etc. Certaines écoles primaires étrangères furent transformées en écoles
turques dans les années 70. C’est le cas de l’école Jeanne d’Arc, aujourd’hui école
du Taksim. D'autres furent fermées comme l'école St Eugène à Cukurcuma
- Tophane ou les écoles gréco-catholiques de toute la ville.
Le lycée de Galatasaray est l’un des plus
prestigieux établissements scolaires de Péra. Il fut fondé en 1868. Bien qu'étant
turc, une grande partie de l’enseignement se fait en français. |

Lycée et La Media italiens |
Les
hôpitaux
De nombreux hôpitaux étrangers
figurent dans le quartier : l’hôpital Allemand, l’hôpital
Italien, l’hôpital
Prussien, l’hôpital Pasteur, l'hôpital
St Louis, l'hôpital
Surp Agop, sont les principaux exemples de ces bâtiments construits au siècle
dernier. |

Ancien hôpital Saint-Louis des Français (consulat
de France) |
Les
passages et les traboules
Les bazars et caravansérails
étaient, au XIXe siècle, parmi les plus importants types d’édifices à Istamboul. Les
passages et les traboules, avec leurs façades décorées, sont des constructions qui
confèrent encore aujourd’hui à Péra l’une de ses principales caractéristiques.
Parmi les passages réputés, on peut citer le passage Salvy, le passage
Tunnel, qui sont les plus proches de Galata, puis les passages Oriental,
de
Syrie, D’Andria, Karlmann, Olivio, Fresco, Panaya, Hazzopoulos,
Aznavour, Dörob (d’Europe),
Crespin, Hristaki,
d’Alep,
d’Anatolie,
de Roumélie, d’Afrique
et la cité
Alléon.
Le passage
Hazzopoulos (Hacopulo en turc), avait été construit par la famille grecque du même
nom, pourtant une atmosphère italienne domine dans ce havre de paix. A l’époque
beaucoup de magasins de marque s’y trouvaient réunis. Encore aujourd’hui, la fameuse
modiste “Madame Katya” y est toujours
installée.
Plusieurs passages portent le nom des familles qui les avaient fait construire: Olivio,
Fresco, Karlmann, Crespin, Aznavour,
Salvy, etc.
Les merciers étaient réunis dans le
passage d’Europe (Dörob ou Avrupa Pasaji) qui réunis l’ancienne rue des Petits-Champs (Mesrutiyet) à la rue de la Scène (Sahne Sokak).
Le nom populaire de “passage des Glaces”, lui vient des glaces qui séparent
chaque magasin. C’est une copie du passage Choiseul à Paris.
Les tavernes étaient groupées dans le passage Crespin (Krepen)
situé en parallèle. La famille levantine française bien connue à Istamboul encore de
nos jours l’avait fait construire. Il a été démoli dans les années 70 pour être
remplacé par un bâtiment insignifiant. Aujourd’hui ce sont les bouquinistes
qui sont installés dans ce lieu. Certaines tavernes renommées se sont déplacées dans la rue Nevizade. C’est le cas de la fameuse
taverne Imroz.
Jusque dans les années 80, le passage
des Fleurs (Çiçek Pasaji) ou le passage de Péra occupait une place importante dans
les soirées pérotes. De nos jours, les tavernes les plus célèbres d’Istamboul sont
installées dans la rues voisines de Nevizade et de Sahne. Le passage de Péra fut
construit par un architecte français pour l’éminent banquier grec Hristaki Efendi.
C'est une copie d'un théâtre parisien. Les galeries supérieures s’effondrèrent en
1970 et furent restaurés en quelques années afin de regagner leurs fonctions. Il a été
partiellement restauré en 2004.
Après avoir dépassé Galatasaray en direction du Taksim, on trouve sur la droite un grand bâtiment qui abrite le
cinéma Atlas. L’édifice appartenait à Mösyö Köçeoglu, banquier arménien
catholique. Le passage
d’Alep qui se trouve vis-à-vis et fut construit par la famille Hadjar, des Arabes
chrétiens d’Alep. Il a perdu son ancienne atmosphère à la suite d’une restauration
intérieure complétement ratée. Le passage
d’Anatolie qui est contigü au passage Atlas, a été édifié par Ragip Pacha à
l’époque du sultan Abdülhamit. |

Cité Roumélie

Passage
Aznavour

Cité
de Péra

Cité
d'Alep

Passage
d'Europe |
Clubs
et cercles
Les centres culturels et les
clubs fondés au XIXe siècle à Beyoglu par les ambassades, les Levantins et d’autres
chrétiens, faisaient en même temps fonction de centres de divertissements et d’aide
sociale aux deshérités du quartier. Les concerts, représentations théâtrales,
conférences, bals qui étaient organisé par la Societa Operaia, l’Union Française, le
Club Suisse, la Teutonia,
jouaient un rôle éminent dans la vie culturelle de Péra. Le Cercle d’Orient (Serkldoryan)
était le club le plus élégant de Péra au XIXe siècle. Les étrangers et les
chrétiens pouvaient devenir membres. Parmi les Turcs, seuls quelques pachas y avaient
été admis. |
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Les
théâtres
Beyoglu est encore de nos jours
le centre théâtral d’Istamboul. Un des premiers théâtre fut fondé en 1840 (Naum)
est fut détruit par le terrible incendie de 1870. Un autre centre culturel important : le
téâtre des Petits-Champs qui fut détruit aussi par un
incendie et qui se trouvait dans le Jardin Municipal
près du Péra
Palace. Il fut remplacé par un horrible bâtiment, dit le “palais” des
Expositions et la télévision nationale (TRT) vient de lui affubler les plus
déplaisantes couleurs que la chaîne a pu trouver.
Les théâtres de Péra levaient leurs rideaux au milieu du mois d’octobre et
poursuivaient leurs performances jusqu’à la saison d’été où les représentations
de cirques prenaient la relève. |
 |
Les
hôtels
Jusqu’à la fin du XIXe
siècle, il n’y avait pas d’hôtels de luxe à Istamboul. Après l'expériance de
Monsieur Kroeger,
la Compagnie des
Wagons-Lits entrepris la construction du second palace de la ville en 1892 à Péra,
pour les voyageurs de l’Orient-Express.
Les locaux des Wagons-Lits se trouvaient juste en face. Le Péra
Palace (Pera Palas) fut le premier bâtiment équipé d’électricité à
Istamboul. Ce fut dans l’Entre-Guerres, un haut lieu d’espionnage. Il est toujours en
fonction de nos jours.
Parmi les autres hôtels ou palaces ont peut citer : l’hôtel d’Angleterre, l’hôtel
de Lausanne, l’hôtel de Byzance, l’hôtel Bristol, le Tokatlian Palace, l’hôtel de
France et le Grand
Hôtel de Londres. Ce dernier, construit en 1892 par la famille levantine Glavany, est
toujours en activité aux Petits-Champs. C’est le seul avec le Péra Palace, son voisin.
Prendre un verre au grand salon est presque une aventure... Le décor inchangé depuis le
début du siècle, retrace ce que fut la vie à Péra en ces temps révolus.
Les grands hôtels d’Istamboul se trouvent de nos jours, dans le quartier de Taksim ou sur le Bosphore. |

Büyük Londra Oteli / Grand Hôtel de Londres |
Les
cafés et brasseries
Les cafés et brasseries du début du siècle
étaient des hauts lieux de divertissements. Certains existent encore aujourd’hui, mais
la plupart ont disparu, c’est le cas du café de Byzance, la brasserie Strasbourg, la
brasserie Suisse, le café Concordia, le restaurant St-Pertersbourg, la brasserie
Niçoise, le café Nicolo, Chez Vallaury ou La Rose Noire. Les fameuses brasseries Pano (Panayot Papadopoulos) et Victor Lévy
(Viktor Levi) près du palais
d’Angleterre, existent toujours, comme le café du Péra Palace.
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Gentille femme pérote... dit la gravure du XIXe |
Les
pâtisseries et confiseries
Les pâtisseries et
les confiseries étaient fameuses à Péra, tandis que Galata
était connu pour ses chocolatiers. On trouve encore aujourd’hui quelques uns de ces
prestigieux établissements. C’est le cas du chocolatier Mabel à Galata, la pâtisserie
Inci, la confisserie Üç Yildiz, les
pâtisseries Saray, Savoy et Haci Bekir à Péra.
Autrefois ce sont les pâtisseries Bourdon, Inci, Balladur, Vallaury, Lebon qui
tenaient le haut du pavé. |
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Les artistes
Les rues Sofyali et Asmali Mescit,
situées de l’autre côté du
passage Tünel, représentent un petit monde en soi. Les façades des
galeries d’art, des bouquinistes et des antiquaires sont ornées de
bas-reliefs remarquables. Les
tavernes “roum” Refik et Yakup poursuivent de nos jours la
tradition de cette rue bohême célèbres pour la qualités des “meze”
que l’on y trouve.
Les journaux
Le journal “The
Levant Herald” édité par le levantin maltais Mizzi, était publié dans
l'immeuble contigu à celui du restaurant Yakup. Dans le bâtiment qui fait le
coin du pâté de maisons, logeait Donizetti Pacha, fondateur de la Fanfare
Impériale (Mizika-i Hümayun), et frère du célèbre compositeur Gaetano
Donizetti.
Le Narmanli Han ou passage
des Chats était autrefois le tribunal russe et abritait aussi les
services consulaires russes. Plus tard, les peintres les plus en vogue
avaient des ateliers et logeaient en tant que pensionnaires. De nos jours,
le journal le plus ancien de Turquie,
le “Jamanak”, est publié en arménien dans ce bâtiment tandis que le
journal “Apoyematini” est publié en grec dans le
passage de Syrie.
Les places
Les trois places de Péra sont des
plus animées. La petite place du Tünel tire son nom
du plus ancien et plus court
“métro” au monde, (1871). Il relie Péra à Galata
et est fort utile dans l’autre sens, car en le prenant, on évite ainsi la
montée des “Hauts-Trottoirs” – Yüksek Kalderim.
La place de Galatasaray ou “palais de Galata”
est le noeud central de Péra. Les nombreux immeubles et hôtels particuliers
qui l’entourent témoignent de son prestigieux passé et de l’importance du
lieu. De nos jours encore, cet endroit est toujours animé, même en été quand
les Stambouliotes se font plus rares et que les écoles toutes proches sont
fermées. C'est aussi au marché aux
Poissons tout proche que l'on écoute
les musiques de la ville.
La place du Taksim qui met un terme à Péra et où commence
le quartier du Taksim avec ses luxueux
hôtels, tire son nom en grec de “répartition”. Le petit bâtiment de
pierre au toit pointu à la jonction de l’avenue Istiklal et de la place du
Taksim, était l’endroit où se faisait la réparition des eaux vers différents
quartiers. La place du Taksim est aujourd’hui un des principaux noyaux
d’Istamboul. |

Place Tünel : le quartier des mucisiens

Place Taksim : église Sainte-Trinité

Péra au début du siècle. Le site n'a que peu
changé. Au premier plan, l'ancienne école française St Joseph, l'orphelinat des soeurs
et son église devant laquelle on construisit plus tard le
lycée italien.
Un peu sur la gauche, le palais de
Venise. Derrière l'orphelinat,
le tribunal de France
et, à droite
l'église
St-Louis
et le
palais de France. A gauche, en haut,
le
palais de Russie
et l'église Ste Marie Draperis. |
Les
casernes du Taksim
Au nord de la place se trouvait un cimetière
jusqu’à la fin du XIXe siècle qui fut remplacé par la suite par une caserne qui fut
à son tour démolie dans la période républicaine et remplaçée par un parc, tandis que
les autres casernes de Gümüssuyu furent affectées a l’Université
Technique d’Istamboul. L’architecte de Taskisla était un anglais du nom de Smith.
L’ancienne
Faculté des Mines de Maçka avait été construite sous le règne d’Abdülaziz en
tant que cartoucherie. L’hôpital
militaire a été affecté à l’armée.
Toujours à Gümüssuyu, l’hôtel du Parc (Park Otel), était à l’origine la
résidence de l’ambassadeur d’Italie, dit le “Baron Blanc”. A son départ, il
céda la demeure au sultan Abdülhamit qui en fit don à son premier ministre Tevfik
Pacha. Cependant, ses descendants ayant décidé de se lancer dans les affaires, la
résidence fut transformé en hôtel commercial. Le Parc Hôtel était un des meilleurs
hôtels de son temps. Il fut malheureusement démoli en vue de reconstruire un nouvel
hôtel aux dimensions d’un gratte-ciel. Ce projet heureusement échoua à la suite des
pressions exercées par les protecteurs du quartier.
Réalisé par l’architecte italien Canonica, le monument figurant presque au milieu de
la place du Taksim commémore la guerre d’Indépendance. A l’est de la place, un
énorme bâtiment, qui n’est pas une réussite architecturale, est l’opéra et le
centre culturel Atatürk. |

L'ancienne caserne de Gümüssuyu (ITU) |
Art-Nouveau
En dévalant sur la gauche de la place du Taksim,
on débouche sur l’avenue Tarlabasi. Cette zone est le prolongement de Péra, mais
n’est pas aussi richement décorée par rapport à la Grand’Rue ou habitait la haute
société. Tarlabasi fut la résidence des classes moyennes. Une partie de la population
de Tarlabasi était au service de la société de Péra. Les
bâtiments qui flanquaient cette avenue ont été démolis dans les années 80 par la
Municipalité en vue d’élargir la route. Ainsi, ces bâtiments de style Art-Nouveau ont
disparu, mais la nouvelle avenue a permis de faire respirer un peu Beyoglu en canalisant
la circulation et en déchargeant aussi bien la Grand-Rue que les
Petits-Champs. Il reste encore des immeubles Art-Nouveau dans les rues qui rejoignent Dolapdere et, de l’autre côté de Beyoglu, à Çukurcuma et Tünel. L’un des plus beaux
exemples de ce style, est la maison Botter à
côté du palais de Suède, oeuvre
de l’architecte italien D’Aronco. |

Art nouveau à
Cukurcuma |
Les Pérotes (habitants de Péra)
Beyoglu a vécu ses années d’or au XIXe et
jusqu’au milieu du XXe siècle. Après 1970, Beyoglu a commencé à changer
d’identité et ce n’est que depuis les années 1990 que le quartier a regagné sa
popularité d’antan. Les événements du 6 – 7 septembre 1955 ont contribué à
éloigner les étrangers et les non-musulmans de Péra et du pays. Ils ont été
remplacés par les populations d’Anatolie, surtout après 1964.
Sa population a en partie changé, mais on trouve toujours un grand nombre de Levantins, Grecs, Arméniens et juifs au milieu
d’une majorité, désormais musulmane et
(ou) alévie.
Les Russes-Blancs, fuyant la Révolution
de 1917, furent les derniers éléments qui s’ajoutèrent aux habitants ottomans de
différentes religions et cultures du quartier. Il reste de ce temps-là les restaurants Rejans à
Galatasaray et le Fischer à Gümüssuyu.
Péra – Beyoglu qui a su attirer dans le passé des noms
tels que Lizst, Mankiewicz, Mata Hari, Théophile Gautier, Pierre Loti, Lamartine, Châteaubriant, Agatha Christie, Garibaldi, Casanova, Greta
Garbo, Marlène Dietrich, Hemingway et tant d’autres, continue a être le lieu le plus
attayant d'Istamboul où vit une population cosmopolite.
Sources :
R. Tomaselli 1999 / 2005
et la Fondation d’Histoire Economique et Sociale de Turquie
Copyright textes, plans et photos |

Madam Meri
Arménienne et pérote dans l'âme

Une ancienne habitante du quartier :
Baronne Valentine von Clodt Jurgenzkbourg
dite Baronne Taskin

Madam Marsel
Levantine et pérote dans l'âme |
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